Coronavirus : Airbus annonce une perte nette de 1.9 milliard d’euros au premier semestre

AÉRONAUTIQUE Les compagnies aériennes, mises à genoux par l’effondrement du trafic, cherchent à repousser leurs livraisons

C.C. avec AFP

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Airbus prévoit des temps difficiles pour l'emploi dans le groupe.
Airbus prévoit des temps difficiles pour l'emploi dans le groupe. — Michel Euler/AP/SIPA

L’effondrement du trafic aérien a fait plonger Airbus dans le rouge au premier semestre, reflétant la division par deux de ses livraisons d’avions. L’avionneur européen a subi une perte nette de 1,9 milliard d’euros sur les six premiers mois de l’année, à l’image des 2,4 milliards de dollars de perte de son rival américain Boeing, englué dans la crise du 737 MAX, mais qui peut davantage s’appuyer sur ses activités de défense.

« L’impact de la pandémie de Covid-19 sur nos finances est maintenant très visible sur le deuxième trimestre, avec les livraisons d’avions commerciaux divisées par deux par rapport à l’année dernière » au cours des six premiers mois, observe le président exécutif d’Airbus Guillaume Faury, cité dans un communiqué.

145 avions n’ont pu être livrés au cours du semestre

Airbus, qui a enregistré 298 commandes nettes au premier semestre, a livré 196 avions sur la période. Les compagnies aériennes, mises à genoux par l’effondrement du trafic, cherchent à repousser leurs livraisons ou sont dans l’incapacité de les réceptionner en raison des fermetures de frontières. Le deuxième trimestre a été particulièrement compliqué avec 74 avions livrés, contre 20 pour Boeing. Au total, environ 145 avions n’ont pu être livrés au cours du semestre, en raison de l’épidémie, détaille l’avionneur européen.

Le chiffre d’affaires s’en ressent : à 18,5 milliards d’euros, il a baissé de 39 % sur le semestre, de 48 % pour la seule division Avions commerciaux, à 12,5 milliards d’euros. Conséquence, l’avionneur européen enregistre une perte opérationnelle de 1,6 milliard d’euros, pâtissant notamment d’une charge de 332 millions d’euros liée à la fin du programme du gros-porteur A380 en 2021. Le groupe a en outre enregistré 900 millions d’euros de charges sur son résultat opérationnel à cause du Covid-19.

« Nous pensons être bien placés pour traverser cette période difficile »

Pour s’adapter à une reprise du trafic aérien qui ne devrait retrouver son niveau de 2019 qu’entre 2023 et 2025, l’avionneur a baissé ses cadences de production de 40 % par rapport à ce qu’il prévoyait avant-crise, avec 40 Airbus A320 produits par mois (contre 60 en 2019), 4 A220 et 2 A330. L’avionneur effectue toutefois « un petit ajustement de la cadence de production de l'A350 de 6 à 5 appareils par mois ». Airbus produisait avant-crise 9 à 10 long-courriers A350 par mois, ce qui lui permettait d’atteindre l’équilibre sur ce programme.

Malgré l’appel de responsables locaux mercredi à maintenir le projet d’ouverture d’une nouvelle ligne d’assemblage pour l'A321 à Toulouse, Airbus maintient le gel du projet. « Nous ne pouvons pas investir dans une nouvelle installation de production alors que (…) nous n’avons pas l’activité pour la remplir », justifie l’avionneur.

Pour s’adapter à la crise, Airbus taille dans les dépenses d’investissements, revoit les dépenses de R & D à la baisse tout en « préservant les projets stratégiques » et a annoncé la suppression de 15.000 postes dans le monde, soit 11 % de ses effectifs, dont 5.000 en France. Il estime la provision nécessaire pour financer ces mesures sociales entre 1,2 et 1,6 milliard d’euros. « C’est une situation difficile et incertaine », a résumé Guillaume Faury lors d’une conférence téléphonique. « Mais avec les décisions que nous avons prises et maintenant mises en œuvre, nous pensons être bien placés pour traverser cette période difficile dans notre industrie ».