Allemagne : Deux ans de prison avec sursis pour un ex-gardien de camp nazi de 93 ans

PROCES Bruno Dey est accusé de complicité dans 5.230 meurtres perpétrés entre août 1944 et avril 1945, quand il était gardien au camp de concentration de Stutthof, au nord de la Pologne. L’un des derniers procès de ce genre ?

20 Minutes avec AFP

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Bruno Dey, 93 ans, était gardien du camp de concentration de Stutthof,au nord de la Pologne.
Bruno Dey, 93 ans, était gardien du camp de concentration de Stutthof,au nord de la Pologne. — Wojtek RADWANSKI / AFP

Le tribunal de Hambourg a condamné jeudi à deux ans de prison avec sursis un ancien garde de camp nazi de 93 ans pour complicité dans des milliers de meurtres perpétrés au camp de concentration de Stutthof, dans le nord de la Pologne, entre 1944 et 1945.

L'accusé Bruno Dey «est reconnu coupable de complicité dans 5.232 cas de meurtres et tentatives de meurtres», a déclaré la présidente du tribunal Anne Meier-Göring à l'issue d'un procès, probablement l'un des derniers portant sur les atrocités commises sous le IIIe Reich.

«C'était mal. C'était une terrible injustice. Vous n'auriez pas dû participer à Stutthof», a estimé la juge. «Vous vous considérez comme un observateur. Mais vous étiez un soutien de cet enfer créé par des hommes», a-t-elle dit.

Les excuses de l’accusé pour ceux passés « par cet enfer de folie »

Le nonagénaire, âgé de 17 à 18 ans au moment des faits, est jugé sur la base de la législation pour mineurs. Le parquet avait réclamé trois ans de prison, la défense un non lieu.

 Lundi, l'accusé a présenté des excuses «auprès de ceux qui sont passés par cet enfer de folie», disant avoir réellement pris conscience, au fil des neufs mois de procès et de la quarantaine de témoignages, de «toute l'ampleur de la cruauté» des actes commis à Stutthof.

Au total, quelque 65.000 personnes, essentiellement des Juifs des pays baltes et de Pologne, y sont mortes, abattues d'une balle dans la nuque, gazées au Zyklon B, pendues. Ou bien elles ont succombé au froid, aux épidémies et au travail forcé.

Posté sur l’un des miradors

Ce camp, le premier établi hors d'Allemagne en 1939, a progressivement été intégré au système d'extermination des Juifs.

L'accusé, posté sur l'un des miradors le surplombant, avait pour devoir d'empêcher toute révolte ou fuite. Cela fait-il de lui un coupable? Il affirme que non. Jamais il n'a «directement fait de mal à quelqu'un». Jamais il ne s'est «porté volontaire pour entrer dans les SS ou servir dans un camp de la mort», mais n'a pas eu d'autre choix que d'accepter son affectation, dit-il.

Confronté à de tels crimes, «il ne suffit plus de détourner les yeux et attendre que cela s'arrête», a rétorqué le procureur général Lars Mahnke dans son réquisitoire. Il aurait ainsi pu demander à être réintégré dans l'armée. Ce qui aurait toutefois sans doute signifié pour lui être envoyé sur le front est.

Après la guerre, boulanger, chauffeur de camion, concierge...

Difficile d'attendre qu'un adolescent ose «se démarquer de la sorte» dans le contexte d'obéissance absolue exigée à l'époque, a de son côté avancé son avocat Stefan Waterkamp. Il faut prendre en compte le fait que «servir dans un camp de concentration n'était à l'époque pas considéré comme un crime», a-t-il aussi argumenté.

Brièvement prisonnier de guerre après 1945, Bruno Dey n'a pas été inquiété par la suite. Il a fait sa vie à Hambourg, fut boulanger, chauffeur de camion et concierge, a fondé une famille.

Dernier procès de l’extermination nazie ?

Soixante quinze ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, ce procès pourrait bien être le dernier du genre en raison du grand âge des protagonistes.

La semaine dernière, le tribunal de Wuppertal avait annoncé la mise en accusation d'un autre ancien gardien de Stutthof de 95 ans, là aussi pour complicité de meurtres. La tenue d'un procès est loin d'être assurée.

Une trentaine de procédures sont encore en cours, selon des médias allemands. Ces dernières années, l'Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS et élargi aux gardiens de camps le chef d'accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice. Le cas le plus emblématique a été la condamnation à 5 ans de prison de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor John Demjanjuk en 2011. Il est décédé l'année suivante.

Peu probable que Bruno Dey soit envoyé en prison

Il est peu probable que Bruno Dey soit envoyé en prison. Mais pour l'accusation, il est primordial que sa culpabilité soit reconnue. «Que ce soit indirectement ou directement, il a participé à un meurtre. C'est un criminel», a jugé Marek Dunin-Wasowicz, un survivant et co-plaignant dans un entretien à l'AFP.