John Lewis, figure de la lutte pour les droits civiques, est mort à 80 ans

ETATS-UNIS Cette figure de la lutte des droits civiques a notamment été un compagnon de route de Martin Luther King

G. N. avec AFP

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John Lewis, ici le 4 octobre 2017 devant la Chambre des représentants à Washington, est décédé à l'âge de 80 ans.
John Lewis, ici le 4 octobre 2017 devant la Chambre des représentants à Washington, est décédé à l'âge de 80 ans. — CHIP SOMODEVILLA / AFP

John Lewis, ancien compagnon de route de Martin Luther King et membre du Congrès américain depuis 1986, est décédé vendredi à l’âge de 80 ans. Cette icône de la lutte des Afro-Américains a mené toute sa vie une bataille acharnée contre la discrimination et l’injustice raciale, se faisant rouer de coups par la police et arrêter à de multiples reprises lors de protestations contre des génocides ou les lois sur l’immigration.

« Aujourd’hui, l’Amérique déplore la disparition d’un des plus grands héros de l’histoire américaine », a écrit la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, dans un communiqué. Elle a décrit Lewis, démocrate comme elle et qui souffrait d’un cancer du pancréas, comme « un titan du mouvement des droits civiques dont la bonté, la foi et la bravoure ont transformé notre nation ».

« Les vents soufflent, le grand changement arrive »

Considéré comme une des voix les plus respectées du pays pour la justice et l’égalité, il a affronté à plusieurs reprises le président Donald Trump, boycottant son investiture et citant l’ingérence de la Russie dans les élections de 2016 pour remettre en question sa légitimité. Et malgré son cancer, il avait fait son retour à Washington en juin en pleine tourmente née de la mort de George Floyd aux mains de la police à Minneapolis, pour participer à la mobilisation du mouvement Black Lives Matter contre les discriminations raciales. « Les vents soufflent, le grand changement arrive », avait déclaré Lewis quelques jours plus tôt durant une discussion de parlementaires sur le racisme.

Fils de métayers, ce militant indomptable est devenu à 21 ans un des plus jeunes Freedom Riders (voyageurs de la liberté) qui ont combattu la ségrégation dans le système de transport américain au début des années 1960. Il était le plus jeune meneur de la marche sur Washington en 1963, au cours de laquelle John Luther King a prononcé son fameux discours, « I have a dream » (Je fais un rêve).

Crâne fracturé et hommage républicain

Deux ans plus tard, John Lewis a failli succomber sous les coups de la police en 1965 sur le pont Edmund Pettus, à Selma, en Alabama, où il menait une marche de plusieurs centaines de militants pacifiques contre la discrimination raciale. Il avait eu le crâne fracturé. En 2015, pour célébrer le cinquantenaire de ce « Dimanche sanglant », il avait repassé le pont, main dans la main avec Barack Obama, premier président noir de l’histoire des Etats-Unis. « Peu d’entre nous vivent pour voir notre propre legs se développer d’une manière aussi remarquable et significative. John Lewis l’a fait », a tweeté Barack Obama tôt samedi, soulignant que l’ancien militant « aimait tant son pays qu’il a risqué sa vie pour lui ».

Parlementaire depuis 1986, il incarnait « la conscience du Congrès », selon l’expression de Nancy Pelosi. Il avait cependant abandonné ses fonctions au Congrès au cours des derniers mois pour suivre un traitement contre le cancer.

Les hommages sont également venus du camp républicain, avec notamment Mitch McConnell, président du Sénat, qui a loué ce « pionnier des droits civiques qui n’a pas hésité à mettre sa vie en jeu pour combattre le racisme, promouvoir l’égalité des droits et placer notre nation en accord avec ses principes fondateurs ».