Coronavirus : C’est parti pour deux jours de négociations tendues à Bruxelles autour du plan de relance de l’UE

UNIS OU PAS Sur la table des négociations figure un plan de 750 milliards d’euros

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron à Bruxelles pour le sommet européen, le 17 juillet 2020.
Emmanuel Macron à Bruxelles pour le sommet européen, le 17 juillet 2020. — Francisco Seco

Pour Emmanuel Macron, présent sur place, « c’est un moment de vérité pour l’Europe ». Le sommet des 27 dirigeants de l’Union européenne, destiné à trouver un accord sur un plan de relance massif de l’économie européenne minée par la pandémie, s’est ouvert ce vendredi à Bruxelles. Angela Merkel, la chancelière allemande, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE, a dit s’attendre à « de très difficiles négociations ». Le chef d’orchestre du sommet, Charles Michel, s’est lui montré optimiste : « Je suis totalement convaincu qu’avec du courage politique il est possible d’obtenir un accord ». Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a quelque peu douché son élan, estimant les chances d’un succès « à moins de 50 % ».

Les dirigeants sont arrivés tous masqués à la réunion, qui a lieu, pour la première fois, sans journaliste physiquement présent dans l’immense bâtiment. Une ambiance très particulière pour un jour où deux dirigeants fêtent leur anniversaire : l’Allemande Angela Merkel, 66 ans, et le Portugais, Antonio Costa, 59 ans.

Une enveloppe de 750 milliards

Sur la table des négociations : un plan de relance de 750 milliards d’euros, composé de 250 milliards de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards, qui n’auront pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires. Il est adossé au budget de l’UE à long terme (pour la période 2021-2027) de 1.074 milliards d’euros.

Lors de la dernière rencontre en face-à-face, le 20 février, les dirigeants s’étaient quittés sur un échec. Ils ne devaient alors que s’accorder sur le budget de l’UE pour 2021-2027. Mais la crise est passée par là et un plan de relance s’est invité à la table des négociations. Chaque pays ayant un droit de veto, elles s’annoncent longues et difficiles et ce sommet extraordinaire prévu pour deux jours pourrait ne pas être le dernier.

Avec Mark Rutte, c’est « oui, mais… »

Le dirigeant le plus difficile à convaincre devrait à nouveau être Mark Rutte, déjà considéré comme partiellement responsable de l’échec du sommet de février. Chef de file des Etats dits « frugaux » – outre les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark, la Suède, rejoints par la Finlande –, il a émis de nombreuses réserves sur le plan de soutien qui devrait profiter avant tout aux pays du Sud, Italie et Espagne en tête. A Bruxelles, il a réaffirmé ses positions : « Solidarité, oui (…) Mais dans le même temps, on peut aussi demander à ces pays de faire tout ce qui est possible pour qu’ils résolvent (leurs problèmes) par eux-mêmes, la prochaine fois. Et cela vous le faites via des réformes du marché du travail, du système de retraite… », a-t-il lancé.

Les « frugaux » sont partisans d’une réduction des subventions, leur préférant les prêts remboursables. En outre, ils réclament pour tout argent versé de solides réformes de la part des bénéficiaires. Des exigences qui font bondir leurs voisins du Sud, inquiets de se retrouver avec l’obligation de se soumettre à un programme imposé par d’autres, comme l’avait été la Grèce au plus fort de la crise de la zone euro, obligeant sa population à de douloureux sacrifices. Pour mieux contrôler ces pays, jugés laxistes sur le plan budgétaire, Rutte souhaite que leurs plans de réformes soient validés à l’unanimité des 27 (et non à la majorité qualifiée comme l’a prévu Charles Michel).

L’espoir passe par Merkel

Autre sujet délicat : le lien entre le versement d’argent et le respect de l’Etat de droit, pour la première fois inscrit dans un budget de l’UE. Or, la Pologne et la Hongrie, qui font toutes deux l’objet de procédures au sein de l’Union en raison d’atteintes à l’indépendance de la justice ou aux droits fondamentaux, freinent des quatre fers.

Dans ce grand marchandage, la chancelière allemande Angela Merkel suscite beaucoup d’espoirs. Elle n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre ses pairs de l’urgence d’adopter le plan d’aide. Se rangeant à l’avis de la France, elle a accepté que des fonds soient empruntés à grande échelle au nom de l’Europe, brisant ainsi un tabou dans un pays jusqu’ici largement opposé à l’idée d’une dette commune.