Présidentielle américaine : Largué dans les sondages, Donald Trump est-il sous-estimé comme en 2016 ?

ANALYSE Joe Biden est le grand favori mais il reste encore plus de trois mois avant le scrutin, et Donald Trump espère une nouvelle fois créer la surprise avec sa « majorité silencieuse »

Philippe Berry

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Donald Trump en meeting à Tulsa, dans l'Oklahoma, le 20 juin 2020.
Donald Trump en meeting à Tulsa, dans l'Oklahoma, le 20 juin 2020. — Evan Vucci/AP/SIPA

A moins de quatre mois de la présidentielle américaine, tous les signaux sont au rouge pour Donald Trump. Sa cote de popularité au plus bas, le coronavirus continue de décimer les Etats-Unis et Joe Biden compte 9 points d’avance dans les sondages. Dos au mur, le président américain a remplacé son directeur de campagne, mercredi, pour tenter de se relancer. Va-t-il perdre par un raz-de-marée, comme certains l’anticipent ? Ce serait oublier un peu vite le raté général de 2012, avec tous les instituts et les médias qui promettaient la victoire à Hillary Clinton.

Trump en (très) mauvaise position

Selon le baromètre Gallup, la cote de popularité de Donald Trump a perdu 11 points entre la mi-mai et la fin juin, avec seulement 38 % d’Américains satisfaits. Il revient ainsi sur ses plus bas de décembre 2017, quand il échangeait des insultes sur Twitter avec Kim Jong-un.

Le locataire de la Maison Blanche semble particulièrement plombé par sa gestion de la crise du coronavirus, critiquée par deux tiers des Américains. Alors qu’il a refusé d’instaurer un confinement national et a poussé les gouverneurs à rouvrir leur Etat le plus tôt possible, les cas de Covid explosent avec près de 60.000 nouveaux cas et 800 décès quotidiens. Le bilan, qui approche des 140.000 morts, devrait fatalement s’alourdir dans les prochaines semaines. Et même si l’économie américaine a montré des signes encourageants en mai, près de 25 % de la population touche actuellement des allocations-chômage, et la crise économique prive le président américain de son meilleur argument en vue de sa réélection. En face, Joe Biden fait surtout attention à ne pas créer de polémique, et il compte pour l’instant près de 9 points d’avance sur son rival, selon la moyenne des sondages de Real Clear Politics.

Les sondeurs n’ont pas totalement tiré les leçons de 2012

Pronostiquer une élection aux Etats-Unis est plus complexe qu’en France. Les Américains ne votent en effet pas au suffrage universel direct mais via le collège électoral, avec une bataille Etat par Etat. En 2016, les derniers sondages nationaux donnaient environ 3 points d’avance à Hillary Clinton. Au final, elle a gagné le vote populaire par 48 % contre 46 % mais Donald Trump a remporté d’un cheveu une demi-douzaine d’Etats cruciaux. Et si les sondages nationaux sont en général assez fiables, les études régionales ont connu d’importants ratés aux niveaux de leurs échantillons.

« Dans plusieurs Etats, les sondages ont interrogé proportionnellement trop d’électeurs diplômés et ont mal redressé leurs échantillons », note Courtney Kennedy, directrice des études chez l’institut Pew Research. Un raté d’autant plus problématique qu’au sein de la population blanche sans diplôme universitaire, Donald Trump a devancé Hillary Clinton de 40 points. Cette année, certains sondeurs ont ajusté le tir mais « de nombreux instituts ne l’ont pas fait », surtout les plus petits, selon Courtney Kennedy. Le président américain, lui, tente de mobiliser sa base et assure régulièrement sur Twitter que la « majorité silencieuse » – une référence à Richard Nixon – va l’emporter.

Tout peut changer très vite

Hillary Clinton a compté jusqu’à 20 points d’avance sur Trump au printemps 2016 et le devançait encore de 8 points trois semaines avant le scrutin. Mais la démocrate a perdu son avance dans la dernière ligne droite, notamment après l’annonce de la réouverture d’une enquête sur ses e-mails. Joe Biden, lui, est le roi de la gaffe, et il a connu une primaire très difficile qui a bien failli le laisser sur le carreau après des débats télévisés calamiteux et des claques lors des premiers scrutins.

D’ici au 3 novembre, l’écart va forcément fluctuer, surtout cette année. En seulement six mois, on a eu l’impeachment de Donald Trump, la pandémie de coronavirus et les manifestations antiracistes après la mort de George Floyd. A quoi ressembleront les trois prochains mois ? Trump peut-il secouer Biden lors des débats ? Quel impact aura le coronavirus sur la participation si une deuxième vague déferle sur tout le pays ? L’élue démocrate du Michigan Elissa Slotkin a lancé un avertissement à ses collègues cette semaine : « Les électeurs de Trump sont sous-comptés. Il ne faut surtout pas croire que l’élection est jouée. Si 2020 nous a appris une chose, c’est qu’on ne peut rien prévoir. »