Donald Trump qualifie Christophe Colomb de « découvreur » de l’Amérique, un terme controversé

HISTOIRE Des historiens reviennent sur l'utilisation de ce terme

Mathilde Cousin

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Cette statue de Christophe Colomb a été vandalisée à Rouen, le 23 juin.
Cette statue de Christophe Colomb a été vandalisée à Rouen, le 23 juin. — Maxime Le Pihif/SIPA
  • Donald Trump a qualifié Christophe Colomb de « découvreur » de l’Amérique.
  • Dans le contexte de remise en question de la colonisation, ce terme n’est pas passé inaperçu.
  • Des historiens reviennent sur l’utilisation de ce terme.

Aux Etats-Unis, la figure de Christophe Colomb continue de diviser. Samedi 4 juillet, jour de la fête nationale, une statue du navigateur génois a été déboulonnée à Baltimore. Le même jour, Donald Trump  a annoncé la création d'un parc de statues de héros américains, parmi lesquelles figurera Christophe Colomb. Dans son discours, le président américain a qualifié le navigateur de « découvreur » de l’Amérique. « Ensemble, nous allons nous battre pour le rêve américain, et nous allons défendre, protéger et conserver le mode de vie américain, qui a commencé en 1492 quand Colomb a découvert l’Amérique », a-t-il lancé.

La controverse autour de la figure du Génois a traversé l’Atlantique. Le 23 juin, une statue représentant l’explorateur a été recouverte à Rouen des inscriptions « esclavagiste », « meurtrier » ou « violeur ». Le terme de « découverte » de l’Amérique est accusé de faire référence à une lecture eurocentrée de l’histoire, alors que des civilisations amérindiennes étaient présentes sur le continent bien avant l’arrivée de l’Européen.

Des villes américaines ont remplacé le Columbus Day

Dans Christophe Colomb, héraut de l’histoire (Presses universitaires de France), Denis Crouzet rappelle que la perception de la figure du navigateur a évolué au début des années 1990 aux Etats-Unis, 500 ans après l’arrivée des bateaux européens dans les Caraïbes : « Celui qui avait à la fois incarné depuis le milieu du XVIIIe le patriotisme à la fois libérateur et expansionniste américain et le progrès, devint au contraire une figure répulsive. » L’historien souligne qu’une cinquantaine de villes américaines ont remplacé le « Colombus Day » (« Journée de Chrisophe Colomb ») par un « Indigenous Peoples Day » (« Journée des personnes autochtones »).

Pour le chercheur, Christophe Colomb « n’a rien découvert ». Il souligne la présence de populations sur le continent américain bien avant l’arrivée du marin : « La "découverte" se serait initialement produite aux Caraïbes entre 6 000 et 13-14.000 ans avant Colomb, avec des mouvements de populations en provenance du sud et du nord du continent américain. Elle pourrait même avoir eu lieu bien avant sur le continent, si l’on se réfère à des fouilles au Mexique qui donnent à supposer une présence humaine dès 30-40.000 ans avant notre ère ».

Cette qualification de « découverte » pour qualifier le voyage de Christophe Colomb n’est pas récente, rappelle à 20 Minutes Bernard Vincent, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de 1492, « l’année admirable » : « Le terme de "découverte" est employé depuis des décennies. Ce qui est clair, c’est que probablement Christophe Colomb n’est pas le premier Européen à être allé en Amérique. On n’en a pas la preuve, car ceux qui s’y sont rendus ne sont pas revenus. Ce qui est important, avec Christophe Colomb, c’est qu’il est revenu. » Et il est repartira, à trois reprises, avant de mourir en 1506.