EncroChat, un réseau de téléphonie cryptée utilisé par les criminels, démantelé après une enquête hors-norme

TRAFIC Les enquêteurs ont pu récupérer plus de 100 millions de messages sur ce réseau où l’on discutait meurtres, trafic et enlèvements. Ils ont permis d’ores et déjà l’arrestation d’une centaine de suspects aux Pays-Bas

20 Minutes avec AFP

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Un hacker devant son écran. (Illustration)
Un hacker devant son écran. (Illustration) — Isopix / SIPA

Pour les conversations cryptées, le grand public connaît Telegram ou encore Signal. Peut-être moins EncroChat. Et pour cause. Les autorités judiciaires et policières de France et des Pays-Bas ont annoncé jeudi le démantèlement de ce réseau mondial de communications cryptées, utilisé quasi exclusivement par des organisations criminelles.

Il servait les intérêts des trafiquants de drogue, mais aussi jouait un rôle dans le blanchiment d’argent, l’extorsion de fonds, les enlèvements voire les assassinats.

De multiples interpellations ont eu lieu dans plusieurs pays européens ont annoncé les enquêteurs en direct du siège d'Eurojust, l’organisme de coopération judiciaire entre pays européens installé à La Haye, aux Pays-Bas.

« On a utilisé le fait que les criminels font confiance aveuglément à la crypto-communication et parlent librement », a expliqué Andy Kraag de la police néerlandaise. Les enquêteurs ont en effet pu infiltrer le réseau. Les données récupérées sont « une mine d’or nous fournissant des preuves qui nous auraient coûté des années en temps normal », affirme-t-elle.

La procureure de Lille, Carole Etienne, le sous-directeur de la police judiciaire de la Gendarmerie nationale française, Jean-Philippe Lecouffe, et le procureur général néerlandais John Lucas participaient notamment à cette conférence.

Une centaine de suspects arrêtés

L’enquête conjointe franco-néerlandaise lancée en 2018 a permis d’intercepter et de déchiffrer en temps réel, et à l’insu des criminels, « plus de 100 millions de messages » échangés via EncroChat à travers le monde.

Le 13 juin, le réseau s’est rendu compte de l’intrusion et a envoyé un message « d’alerte » à tous ses clients leur indiquant qu’il avait été « infiltré illégalement » par des entités gouvernementales. Il leur a conseillé de se débarrasser de leurs téléphones, mais trop tard pour nombre d’entre eux, les enquêteurs ayant eu accès à des millions de messages. Quelque 50.000 de ces téléphones étaient en circulation en 2020.

Dès 2017, les premiers téléphones cryptés ont été détectés par les autorités françaises lors d’opérations contre des criminels.

Sous l’autorité du parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée de Lille, une information judiciaire a été ouverte le 28 mai dernier. Les autorités néerlandaises assurent que l’infiltration d’EncroChat a permis d’ores et déjà d’empêcher la commission de « dizaines d’actes criminels violents », parmi lesquels enlèvements, meurtres et fusillades.

Pour les seuls Pays-Bas, l’enquête a permis l’arrestation de « plus de 100 suspects », la saisie de plus de 8.000 kg de cocaïne et d’1,2 tonne de méthamphétamine en cristaux, le démantèlement de 19 laboratoires de drogues synthétiques, la saisie de dizaines d’armes à feu automatiques, de 25 voitures, certaines comprenant des compartiments secrets, et près de 25 millions d’euros en liquide.

Des données à exploiter

« Il est choquant de voir avec quelle facilité et sans le moindre scrupule ce type de graves actes criminels sont débattus et planifiés » sur EncroChat, insistent les autorités de ce pays.

Les données récupérées devraient être exploitées pendant des années. Elles ont aussi permis de mettre au jour « des indices de fuite au niveau des services de police » et ont démontré « clairement le rôle de la corruption tout au long de la chaîne de trafic illicite ».