Proche-Orient : Le projet de Netanyahu d’annexion des territoires en Cisjordanie inquiète

CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN Cette semaine, le Premier ministre d'Israël Benjamin Netanyahu devrait annoncer le détail de son projet d'annexion des territoires occupés de Cisjordanie

C.A. avec AFP

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Le Président des Etats-Unis Donald Trump avec le Premier ministre d'Israël Benjamin Netanyahu lors de l'annonce du "plan de paix", le 28 janvier 2020.
Le Président des Etats-Unis Donald Trump avec le Premier ministre d'Israël Benjamin Netanyahu lors de l'annonce du "plan de paix", le 28 janvier 2020. — MANDEL NGAN/AFP
  • Le gouvernement pourrait présenter cette semaine, à partir du 1er juillet, le détail de son plan d'annexion des territoires occupés en Cisjordanie.
  • En janvier dernier, le président des Etats-Unis Donald Trump avait relancé le processus de paix israélo-palestinien en proposant une nouvelle solution de partage des territoires.
  • Un plan auquel la communauté internationale s'oppose. Quant aux pays occidentaux, ils restent divisés sur les sanctions à imposer à Israël en cas d'annexion. 20 Minutes fait le point sur les enjeux autour de ce projet.  

Semaine cruciale au Proche-Orient. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pourrait dévoiler à partir du 1er juillet les détails de son projet d’annexion des territoires occupés en Cisjordanie. Celui-ci vise à traduire dans les faits le « plan de paix » de Donald Trump annoncé en janvier dernier pour tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien.

Alors que l’échéance approche, les prises de position publiques se multiplient. Jeudi dernier, la branche armée du Hamas, le mouvement au pouvoir à Gaza, a averti que l’annexion de pans de la Cisjordanie occupée par Israël équivaudrait à une « déclaration de guerre » contre les Palestiniens. Depuis quelques semaines, des manifestations ont lieu presque chaque jour à Gaza pour protester contre le plan Trump.

Quels sont les territoires de Cisjordanie potentiellement concernés par l’annexion ?

Israël chercherait à annexer les territoires de la « zone C » définie par les les accords d’Oslo de 1990 et qui représente 60 % du territoire. Cette zone est sous contrôle militaire et civil israélien, tandis que les zones A et B, qui forment les 40 % restants, sont principalement placées sous contrôle palestinien. A l’origine, selon les accords d’Oslo, la zone C devait revenir à l’Autorité palestinienne. Ce qu’Israël dément.

Le plan américain, qui prévoit la création d’un Etat palestinien, propose un partage en deux de cette zone C où vivent 450.000 colons israéliens et 300.000 Palestiniens. « Pour Netanyahu, il s’agit d’avaler l’éléphant, la question est de savoir quelle est la taille du morceau qu’il avalera, c’est-à-dire quels seront les territoires annexés », a expliqué un diplomate occidental à l’AFP.

Selon la presse israélienne, un scénario maximaliste prône l’annexion à la fois des colonies et de la vallée du Jourdain, et un scénario plus minimaliste évoque l’annexion, du moins pour commencer, de colonies ou de blocs de colonies. Pour le Premier ministre israélien qui entame son cinquième mandat, le plan Trump offre une « opportunité historique » de faire valoir « la souveraineté d’Israël ».

Comment réagit la communauté internationale ?

Mercredi dernier, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a donné un feu vert aux projets de l’État hébreu malgré l’absence de discussions avec les Palestiniens pourtant prévue dans le plan américain. Dès l’annonce du plan fin janvier, l’Autorité palestinienne avait réagi en annonçant la rupture de toutes ses relations diplomatiques avec Israël et les Etats-Unis.

L’ONU ainsi que la Ligue arabe ont, elles, demandé à Israël d’abandonner ses plans d’annexion en Cisjordanie qui pourraient « mettre fin aux efforts internationaux en faveur de la création d’un Etat palestinien viable ». Même avis du côté de la Jordanie, seul pays arabe avec l’Egypte à avoir conclu un accord de paix avec Israël et pour qui cette annexion risquerait de plonger le Proche-Orient dans un « long et douloureux conflit ». Cette annexion signifierait que ces secteurs feraient officiellement partie d’Israël, ce qui consacrerait la fragmentation de la Cisjordanie, qui deviendrait un territoire palestinien sans continuité.

En Europe, 1.000 élus des parlements de 25 pays d’Europe ont appelé à agir pour « empêcher » le projet israélien. « Si les Israéliens décidaient d’aller de l’avant dans le processus d’annexion, nous serions contraints d’y opposer des mesures affectant les relations de l’Union européenne et de ses Etats membres avec Israël », a averti mercredi le ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian, devant le Sénat. S’il concède qu’une prise de position globale de l’UE est compliquée – certains Etats-membres comme la Pologne ou la Hongrie étant opposés à l’idée d’une sanction contre Israël – il rappelle qu’une « série de mesures peut être prise à titre national », sans exclure non plus une reconnaissance de l’Etat palestinien en cas d’annexion.

Quelles seraient les conséquences en cas d’annexion ?

Selon un sondage publié début juin, une majorité d’Israéliens craint une troisième Intifada (soulèvement palestinien) en cas d’annexion. Jeudi dernier, le porte-parole de la branche militaire du Hamas, Abou Obaida, a promis de faire « en sorte que l’ennemi s’en morde les doigts ». Le lendemain, deux roquettes ont été lancées depuis Gaza vers Israël. « Il se peut que des tensions à la barrière séparant Gaza d’Israël reprennent avec le lancement d’engins incendiaires et explosifs », prévient Mukhaimar Abou Saada, professeur de sciences politiques à l’Université Al-Azhar de Gaza.

Mais pour l’analyste palestinien Adnane Abou Amer, interrogé par l’AFP, « les options du Hamas sont complexes car toute réponse à l’annexion aura des conséquences sur la bande de Gaza », affecté depuis plus de dix ans par un blocus. Le mouvement islamiste craint qu’une flambée de violences ne fragilise les négociations indirectes sur un échange de prisonniers avec Israël, qui serait le premier depuis près de 10 ans entre les deux ennemis.