République démocratique du Congo : Le pays en pleine crise politique après la brève arrestation du ministre de la Justice

TENSIONS Depuis une semaine, trois projets de loi sur le statut des magistrats déchirent la coalition au pouvoir

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants le 24 juin 2020 à Kinshasa autour du Parlement.
Des manifestants le 24 juin 2020 à Kinshasa autour du Parlement. — AFP

La crise politique et les violentes manifestations qui secouent les rues de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) viennent de prendre un nouveau tournant. Le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, a été brièvement arrêté samedi. Il a finalement été libéré après avoir été entendu pendant quelques heures au Parquet général.

Nouvel accroc dans la coalition au pouvoir

« Aucune charge n’a été retenue. Le procureur lui-même a constaté que le dossier était vide. C’était une tracasserie inutile », a affirmé un soutien politique du ministre, François Nzekuye, une information confirmée par des sources judiciaires. Son arrestation marque un nouvel accroc dans la coalition au pouvoir en RDC.

Il faut dire que la composition du gouvernement laissait entrevoir depuis le début la crise actuelle. La coalition regroupe les forces politiques du président Félix Tshisekedi, vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018, et celles de son prédécesseur Joseph Kabila, toujours majoritaires au Parlement. Le ministre de la Justice arrêté est membre du Front commun pour le Congo (FCC, pro-Kabila), comme le Premier ministre et la majorité des 66 ministres.

Le dernier incident en date a eu lieu vendredi en Conseil des ministres, lorsque le garde des Sceaux a provoqué la colère du président, au sujet de trois propositions de loi concernant le statut des magistrats. Portés par deux députés du FCC, ces textes braquent l’UDPS, le parti du chef de l’Etat. Ce dernier a été furieux d’apprendre que son ministre de la Justice avait transmis au Parlement les observations du gouvernement sur ces lois, sans consulter ni le président ni l’exécutif. Pour montrer sa désapprobation, il aurait même claqué la porte du Conseil, indique une source ministérielle. Toutefois, la présidence minimise cette version des faits, indiquant qu’il devait simplement participer à une visioconférence avec d’autres chefs d’État africains.

Les partisans de Kabila fustigent « la naissance de la dictature »

L’arrestation du ministre a galvanisé samedi les partisans de Kabila, qui sont venus devant le parquet en signe de soutien à leur collègue. « Ce qu’on a vécu aujourd’hui est la naissance de la dictature », a lancé l’ancien dauphin de Joseph Kabila à l’élection présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary. Pendant l’arrestation, le Premier ministre Sylvestre Ilunga aurait même menacé de démissionner et de mettre fin à la coalition.

L’arrestation du ministre de la Justice parachève donc une semaine de tensions. Mardi et mercredi, ce sont des partisans de Félix Tshisekedi qui ont manifesté contre les trois propositions de loi autour du Parlement. Des manifestants sont allés jusqu’à attaquer des résidences de proches de Kabila.

Samedi, la très influente Conférence épiscopale (Cenco) est également rentrée dans le débat : « Il est clair que si l’on n'y prend garde, les propositions de loi en examen à l’Assemblée nationale porteront atteinte à l’indépendance judiciaire ». Surtout, ces tensions interviennent une semaine après la condamnation sans précédent d’une figure centrale de la vie politique, Vital Kamerhe, à 20 ans d’emprisonnement pour corruption. Le tribunal avait suivi les réquisitions du Parquet contre l’ancien président de l’Assemblée, directeur de cabinet et allié du président Tshisekedi.