Grèce: «Quatre ou cinq immeubles ont déjà entièrement brûlé dans Athènes»

TEMOIGNAGE Un habitant du centre de la ville raconte les événements qui agitent sa ville et son pays...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Après quatre jours d'émeutes qui ont plongé la Grèce dans la crise sociale et politique, le pays était confronté mercredi à une grève générale prévue de longue date, faisant craindre de nouvelles violences alors que des milliers de manifestants se rassemblaient à Athènes
Après quatre jours d'émeutes qui ont plongé la Grèce dans la crise sociale et politique, le pays était confronté mercredi à une grève générale prévue de longue date, faisant craindre de nouvelles violences alors que des milliers de manifestants se rassemblaient à Athènes — Louisa Gouliamaki AFP

«Les rues sont dévastées, tout a été saccagé!» Lucas Vidalis habite à deux pas du quartier Exarchia à Athènes, où a été tué Alexis Grigoropoulos. Quand il tente une sortie, il peut constater les dégâts: «il n’y a plus une boutique intacte ou presque entre le quartier contestataire et le Parlement».

Barricades et cocktails Molotov

Depuis le début des événements, cet avocat à la Cour ne se rend à son cabinet que le matin, quand tout est calme. «Mais tous mes rendez-vous ou presque sont annulés, explique-t-il. Le centre-ville tourne au ralenti, surtout avec la grève générale.» Alors, le reste du temps, il se barricade chez lui et regarde les manifestations de sa fenêtre.

«J’ai vue sur les deux facs occupées de la ville», précise Lucas. Si la journée, quelques badauds jouent les curieux sur les trottoirs, à partir de 18h, «place aux barricades et aux cocktails Molotov». Lucas habite le quartier, réputé agité, depuis plus de 35 ans, mais il avoue qu’il n’a «jamais rien vu qui ressemble à ce qu’il se passe en ce moment».

Les boutiques attaquées «à coups de marteaux ou de troncs d’arbres»

Pas même en 1973, au moment des émeutes contre la dictature des colonels. On dit que «quatre ou cinq immeubles ont déjà entièrement brûlé dans Athènes», s’inquiète Lucas. Il raconte avoir vu «des gens s’attaquer à des boutiques à coups de marteaux ou de troncs d’arbres».

Ce qui frappe Lucas, c’est la diversité des visages qui crient leur colère dans les rues. Des anarchistes, dont on entend beaucoup parler, des étudiants, «mais aussi de très jeunes gens de 14 ans, qui participent volontiers».

Les forces de l’ordre «détestées»

Essentiellement des Grecs, contrairement à ce que Lucas a entendu dire au début des événements. «On voit bien quelques étrangers, mais ils ne sont pas à l’origine des dégradations», souligne-t-il. Il en a seulement vu passer derrière les pillards, ramasser ce qui restait dans les boutiques fracturées.

Pour Lucas, «le meurtre de ce jeune a mis le feu aux poudres, mais le pays n’était déjà pas serein avant». Il évoque la situation économique désastreuse du pays, mais aussi les forces de l’ordre, détestées par de nombreuses catégories de la population: «Des intellectuels désabusés aux prolétaires, en passant par les supporters de foot ou ceux qui se jugent mal considérés.»

Etat de siège

Mardi, en marge des obsèques d’Alexis, de violents affrontements ont eu lieu «et un policier à moto a sorti son arme pour tirer plusieurs coups de feu en l’air». Mais ce mercredi, les choses semblent se tasser. «Il y a bien des manifestations, mais moins violentes que ces derniers jours», juge Lucas. Il se murmure d’ailleurs que «si la nuit prochaine, de nouvelles violences ont lieu, le gouvernement décréterait l’état de siège».

Pire, Lucas raconte qu’à Salonique et Patras «des commerçants, des citoyens, mais aussi des militants d’extrême droite se joignent aux forces de l’ordre pour s’en prendre aux manifestants». Sans cautionner, l’avocat avoue «comprendre la révolte» de ceux qui ont vu leurs biens détruits par les manifestants. Lui-même l'a ressentie quand la banque au pied de son immeuble a brûlé toute une nuit durant. Sans prendre les armes en représailles, pour le moment.