A Athènes: «C'est par vengeance que nous cassons la ville»

REPORTAGE Les manifestants continuent à portester, parfois violemment, dans la capitale grecque...

Envoyée spéciale à Athènes, Leila Minano

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Plongée dans une profonde crise sociale et politique, la Grèce vivait mercredi une grève générale convoquée de longue date par les syndicats mais qui a été marquée par des violences lors de nouvelles protestations contre la mort d'un adolescent tué par la police.
Plongée dans une profonde crise sociale et politique, la Grèce vivait mercredi une grève générale convoquée de longue date par les syndicats mais qui a été marquée par des violences lors de nouvelles protestations contre la mort d'un adolescent tué par la police. — Louisa Gouliamaki AFP

«Nous ne nous laisserons pas faire, nous mettrons le feu!» Le puissant cortège étudiant arrive progressivement devant le Parlement à Athènes, ce mercredi après-midi. Une centaine de jeunes sont déjà en ligne, prêts à en découdre avec les forces de l’ordre. Encouragés par les mégaphones, ils hurlent le poing levé: «Justice pour Alexis!», le prénom de l’adolescent de 15 ans tué par un policier samedi dernier.

Des oranges, des gravats volent en direction des forces de l’ordre. Un cocktail Molotov s’écrase au pied des policiers. La réplique est immédiate: les forces de l’AMT, la brigade antiémeute, avancent en direction des manifestants. Les gaz lacrymogènes fusent, et la ligne des manifestants est brisée. Les jeunes courent dans tous les sens dans un mouvement de panique généralisée.

«Nous resterons là»

Quelques minutes après, pendant que les uns sortent du sérum de leurs sacs pour calmer les brûlures des lacrymos, une nouvelle ligne de manifestants prend le relais. Un petit groupe de lycéens s’assoient entre le cortège et le cordon de policiers. Thassos, 17 ans est parmi eux: «Nous resterons là tant que la justice pour le meurtre de l’adolescent ne sera pas rendue.»

Il sera délogé quelques minutes plus tard par un nouveau jet de lacrymo. Mais pour beaucoup de manifestants, la révolte en Grèce est beaucoup plus globale. C’est le cas de Spiros, la vingtaine, étudiant en maths: «Nous ne sommes pas là uniquement pour la mort de l’adolescent, nous condamnons aussi les réformes universitaires.» Pour le jeune athénien, c’est aussi «la peur du chômage qui pousse les jeunes à tout casser».

Nouvelle nuit d'émeute


Depuis samedi les échauffourées sont quotidiennes dans la capitale ou quelque 360 magasins ont été partiellement ou totalement endommagés. Vitrines, mais aussi abris bus, carcasses de voitures calcinées, distributeurs de billets vandalisés, murs entièrement tagués…. Par endroits, les rues de la capitale sont complètement ravagées.

C’est autour de l’université Polytechnique, le camp retranché des émeutiers, que les signes de l’explosion grecque sont les plus visibles. Depuis dimanche la faculté est occupée, et les abords du bâtiment sont le théâtre de nombreuses altercations entre jeunes et policiers. Devant les grilles de l’université, Thomas, 22 ans, vient de recevoir un jet de gaz. L’étudiant en biologie pleure encore quand il affirme: «J’ai jeté un cocktail Molotov, car les policiers doivent payer pour la mort d’Alexis.»

Thassos (nom d’empreint), la vingtaine, est du même avis: «C’est par vengeance que nous attaquons la police et détruisons la ville.» Mais déjà les deux jeunes doivent repartir à l’assaut. Thomas et son ami ramassent quelques gravats au passage, avant de disparaître dans la masse des jeunes émeutiers. Dans l’université, des dizaines de jeunes discutent et se préparent à une nouvelle nuit d’émeute.