A Athènes, grève, cortège et échauffourées

REPORTAGE Au coeur de la manifestation, ce mercredi matin, des jeunes contre la violence policière...

Envoyée spéciale à Athènes, Delphine Bauer

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Le maire de la capitale Nikitas Kaklamanis a indiqué mardi soir qu'il estimait que plus de 360 magasins ont été "partiellement ou totalement endommagés" depuis samedi dernier.
Le maire de la capitale Nikitas Kaklamanis a indiqué mardi soir qu'il estimait que plus de 360 magasins ont été "partiellement ou totalement endommagés" depuis samedi dernier. — Louisa Gouliamaki AFP

Mercredi matin, 10 heures, en plein centre d’Athènes. Les rues aux vitrines brisées de la capitale grecque commencent à se remplir de manifestants alors que les taxis se hâtent de les quitter. Elles se préparent à accueillir un nouveau défilé de milliers de personnes qui s’insurgent contre la politique budgétaire de l’Etat. Trafic aérien interrompu, banques et écoles fermées, hôpitaux et services restreints, la vie est comme suspendue. Quelques métros circulent tout de même, spécialement pour la manifestation.

Depuis un mois, les deux principaux syndicats grecs avaient en effet prévu la manifestation et la grève générale de ce mercredi 10 décembre, qui rassemblera finalement plus de 10.000 manifestants. La mort d’un adolescent, Alexandros Grigoropoulos, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, tué par le tir d’un policier, a donné un autre sens aux événements.

Allures de guerre civile

L’ambiance est au départ plutôt calme. D’ailleurs, certains manifestants ne sauront qu’après leur passage que la situation a dégénéré devant le Parlement entre les forces de l’ordre et de jeunes manifestants. Pierres contre gaz lacrymogènes, pendant un instant l’affrontement prend des airs de guerrre civile.

Pendant ce temps, dans le cortège, flottent de nombreux drapeaux revendicatifs. Parmi eux, un drap rouge «Anticapitalisme» — ironiquement écrit avec la même graphie que Coca-Cola — porté fièrement par des jeunes d’extrême gauche. «On ne s’arrêtera pas!», scandent-ils en choeur.

C’est également l’avis de Teresa, membre d’une autre organisation, Kokkino. La jeune femme de 25 ans est révoltée. «Le gouvernement a déclaré que si les violences se poursuivent aujourd'hui, les policiers auront finalement le droit de rentrer dans les lieux publics (comme l'université, actuellement occupée par quelques dizaines d’anarchistes, ndlr). Ce qui, de mon vivant, n’a jamais été le cas!», conclut-elle, perplexe.

La question sociale au coeur de la révolte

Thassos, lui, membre de l’OKDE Spartakus explique dans un français parfait que «les jeunes sont dépassés par les événements, même si le mouvement s’essouffle un peu. Mais on ne sait jamais ce que ça peut donner.»

En effet, la nuit précédente, les rues d'Athènes ont connu moins de violences, malgré une cinquantaine d’arrestations mardi. «Je suis surpris, les gens soutiennent globalement le mouvement. J’ai entendu des vieux dires que même si les jeunes ont tort de casser, ils ont raison dans le fond», affirme-t-il.

D’autres, comme Spinos, arrivés après la manifestation, considèrent que la violence ne résoudra rien, même s’il comprend la rage de la jeunesse grecque. Car au coeur de cette révolte est la question sociale. «Même si ces jeunes ne savent pas précisément contre quoi ils se battent, c’est toujours contre la société», lâche Thassos, avant de disparaître dans la foule.