Nucléaire: Les Européens haussent le ton face à Téhéran et Washington

DIPLOMATIE Paris, Londres et Berlin ont pour la première fois clairement affiché leur unité face à la volonté des Etats-Unis de ne pas faire revivre l’accord de 2015

20 Minutes avec AFP

— 

Un réacteur nucléaire en Iran (illustration).
Un réacteur nucléaire en Iran (illustration). — Majid Asgaripour/AP/SIPA

L’accord de 2015 sur le nucléaire iranien a-t-il des chances d’être sauvé ? Après avoir surtout prôné la médiation, les Européens ont choisi cette fois de taper du poing sur la table. Ils ont donc durci le ton vendredi face à la fois à l’Iran, qui s’affranchit de plus en plus de ses engagements, et aux Etats-Unis. Le but est toujours le même : empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique.

L’embargo de la discorde

Les trois pays européens signataires de l’accord – France, Allemagne et Royaume uni, ont ainsi émis des réserves majeures concernant la fin de l’embargo sur les livraisons d’armes à l’Iran, rejoignant sur ce point les Etats-Unis. Cette levée programmée pour octobre prochain de la résolution des Nations Unies, « pourrait avoir des implications majeures pour la sécurité et la stabilité régionales », selon une déclaration commune des trois ministres des Affaires étrangères, à l’issue d’une réunion à Berlin.

Surtout, Paris, Londres et Berlin ont aussi lancé un avertissement aux Etats-Unis, qui pourraient définitivement faire voler en éclats l’accord de 2015 en prenant prétexte du contentieux sur l’embargo pour porter le cas iranien devant le Conseil de sécurité de l’Onu.

Depuis que les Etats-Unis ont dénoncé unilatéralement l’accord en 2018 et que l’Iran a répliqué en relançant ses activités d’enrichissement d’uranium, la survie de ce texte ne tient plus qu’à un fil. En raison des nombreux manquements iraniens constatés depuis un an, si l’Onu est saisie, l’intégralité des résolutions et des sanctions en vigueur contre l’Iran avant l’accord de 2015 sont rétablies automatiquement, sauf vote contraire du Conseil de sécurité, inconcevable compte tenu du droit de véto américain. Un tel scénario dissuaderait les Iraniens de revenir au respect de leurs obligations et mettrait fin de facto à l’accord, craignent les Européens, qui soupçonnent les Américains de rechercher cette issue.

Première résolution critique de l’AIEA depuis 2012

Mais les choses changent. Paris, Londres et Berlin se sont pour la première fois clairement exprimés contre, affichant au passage leur unité face à Washington à un moment où le Brexit pourrait inciter Londres à prendre un autre chemin. « Nous ne soutiendrions pas une telle décision », ont souligné les trois ministres.

Les trois pays ont par ailleurs fait adopter vendredi par l’Agence Internationale de l’Energie atomique (AIEA) une résolution admonestant l’Iran qui refuse l’inspection de deux sites suspects. Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a approuvé un rappel à l’ordre formel de Téhéran, qui est aussi la première résolution critique vis-à-vis de l’Iran émise depuis 2012. A ce stade, l’adoption de ce texte a d’abord une portée symbolique mais peut être le prélude à une transmission du contentieux au Conseil de sécurité de l’ONU habilité à prendre des sanctions.