Mort de George Floyd : Donald Trump ravive les cicatrices des massacres racistes de 1921 à Tulsa

RACISME Le président va y tenir son premier meeting depuis la mort de George Floyd, une provocation pour beaucoup

20 Minutes avec AFP

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Le monument commémorant les massacres racistes de Tulsa en 1921.
Le monument commémorant les massacres racistes de Tulsa en 1921. — WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Pour beaucoup à Tulsa, théâtre en 1921 d’un des pires massacres raciaux aux Etats-Unis, le choix de la ville par le président Donald Trump pour son premier meeting depuis le début de la pandémie de coronavirus ne fait que raviver une plaie « toujours douloureuse ». Le président conservateur, souvent accusé par ses détracteurs de diffuser des messages racistes en faisant l’apologie de l’Amérique traditionnelle, avait initialement prévu d’organiser le rassemblement à Tulsa le 19 juin, « Juneteenth », jour de commémoration de la fin de l’esclavage.

Devant les réactions outragées, notamment de parlementaires noirs, Donald Trump a finalement annoncé sur Twitter qu’il reportait son meeting au lendemain, « par respect » pour cette date éminemment symbolique. Mais la pilule a toujours un goût amer, surtout au lendemain des manifestations massives pour dénoncer la mort de George Floyd sous le genou d’un policier blanc, symbole des discriminations et brutalités policières visant les minorités.

« Une gifle en pleine figure »

« Une grande majorité des gens, sinon tous, ont ressenti la venue de Donald Trump comme une gifle en pleine figure et un manque de respect », assure le révérend Mareo Johnson, leader du mouvement Black Lives Matter à Tulsa, qui manifestera samedi peu avant le meeting. « Les personnes noires, mais aussi les blanches, les Latinos, les autochtones… beaucoup de gens différents voient Donald Trump comme caractéristique de la haine et du racisme, tant qu’il ne les condamnera pas », dit-il.

Le massacre racial de 1921, qui a fait jusqu’à 300 morts et dévasté le quartier noir de Greenwood, « est encore très sensible, très douloureux », décrypte Michelle Brown, responsable des programmes éducatifs au centre culturel de Greenwood. « En tant que communauté, nous sommes encore très en colère et bouleversés que ça ait pu se passer », en toute impunité et sans aucune indemnité versée aux familles ayant tout perdu dans l’incendie de quelque 1.200 bâtiments, souligne-t-elle.

Lente amélioration

Encore aujourd’hui, Tulsa porte jusque dans sa géographie cette division : au nord les quartiers noirs, au sud la population blanche. Environ 15 % des 400.000 habitants sont afro-américains. « En tant que ville, nous peinons à parler de cette histoire. Ce n’est que l’an dernier que l’Etat d’Oklahoma a décidé de rendre obligatoire l’enseignement de cet événement dans les écoles », poursuit Michelle Brown.

Les choses s’améliorent lentement. En 2001, l’Etat d’Oklahoma, très majoritairement acquis au parti républicain, a présenté ses excuses officielles pour le massacre, avec une commission d’enquête à la clé. Après des années de refus de la ville, le nouveau maire de Tulsa a accepté de financer des fouilles à la recherche de fosses communes où les victimes de 1921 pourraient avoir été ensevelies par leurs meurtriers. Et surtout, la municipalité vient d’embaucher en février son premier chef de la police noir de son histoire, Wendell Franklin, se réjouit le révérend Mareo Johnson.

Voici quelques années déjà, son prédécesseur blanc avait demandé pardon pour l’inertie de la police lors des exactions de 1921. « J’avais demandé à différentes personnes de couleur pourquoi on peinait tant à recruter au sein de la communauté afro-américaine. Et souvent on me disait que c’était à cause du massacre racial », expliquait à l’occasion de son départ Chuck Jordan.