Présidentielle américaine : Quelles sont les six favorites pour être la (potentielle) VP de Joe Biden ?

PORTRAITS En pleines manifestations antiracistes, l’ex-candidate Kamala Harris semble tenir la corde face à Stacey Abrams ou Elizabeth Warren, mais d’autres visages sont en train d’émerger

Philippe Berry

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Élections américaines: Qui sont les potentielles vice-présidentes de Joe Biden? — 20 Minutes
  • Joe Biden s’est engagé à choisir une femme comme colistière, et il devrait annoncer son choix d’ici au 1er août.
  • Face aux manifestations contre les injustices raciales et les violences policières, les politologues s’attendent à ce qu’il choisisse une femme afro-américaine.
  • L’ancienne candidate Kamala Harris a les faveurs des pronostics, mais plusieurs nouveaux visages émergent.

EDIT 02/08/2020 : Joe Biden devrait bientôt révéler le nom très attendu de sa colistière, l’occasion de relire cet article publié au mois de juin.

Il s’y était engagé au printemps dernier : « Je désignerai une femme comme vice-présidente. » A deux mois de la convention démocrate, les spéculations sur les potentielles colistières de Joe Biden s’intensifient aux Etats-Unis. Alors que les manifestants réclament la fin des injustices raciales, trois semaines après la mort de George Floyd, plusieurs candidates afro-américaines ont la faveur des experts et des bookmakers.

Connue de tous les Américains, la sénatrice californienne – ex-candidate – Kamala Harris fait pour l’instant figure de grande favorite. Mais Stacey Abrams, qui avait failli créer la surprise en Géorgie en 2018, fait le forcing dans les médias, et Joe Biden apprécie particulièrement l’ancienne conseillère de Barack Obama, Susan Rice. Elizabeth Warren, elle, est en train d’être éclipsée, mais la crise économique du coronavirus pourrait en faire un choix légitime. Enfin, deux figures afro-américaines ont émergé ces dernières semaines dans le débat sur les violences policières : la représentante de Floride et ancienne cheffe de la police d’Orlando Val Demings, et la maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, qui est montée au créneau après la mort de Rayshard Brooks.

  • Kamala Harris, sénatrice de Californie (55 ans) : La favorite

C’est le choix le plus « safe ». Pour l’ancien porte-parole du parti républicain Doug Heye, la sénatrice californienne a plusieurs avantages : « Elle a de l’expérience, elle est Afro-Américaine, communique bien et a déjà été vetted (vérification des antécédents) ». Son passé de procureure tough on crime (dure sur le crime) pourrait l’avantager en rassurant les centristes, mais son bilan a été dénoncé par ceux qui réclament une réforme de fond de la justice. Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’université de Washington, a toutefois des doutes « sur sa capacité à mobiliser la jeunesse ». Son clash avec Biden lors d’un débat télévisé pourrait revenir la hanter, même si elle s’est depuis réconciliée avec le candidat. Enfin, sa campagne présidentielle n’a pas vraiment fait d’étincelles… Mais des circonstances similaires n’avaient pas empêché Joe Biden d’être choisi par Barack Obama en 2008.

  • Stacey Abrams, ex-élue locale de Géorgie (46 ans) : L’outsider

Publication de ses mémoires début juin, tournée des plateaux télé pour réclamer une Amérique « plus juste », prise de parole sur George Floyd… Stacey Abrams est omniprésente depuis deux mois. Cette ex-élue locale de Géorgie s’est révélée en 2018 quand elle est passée à 50.000 voix d’une énorme surprise dans l’élection pour le poste de gouverneur face au républicain Brian Kemp – des résultats qu’elle a longtemps contestés. « Il y a des doutes sur son manque d’expérience, mais elle a du charisme et a montré qu’elle était capable de mobiliser en masse la base du parti démocrate », les femmes, les Afro-Américains et les jeunes, souligne Chris Edelson.

  • Val Demings, élue de Floride et ex-cheffe de police (63 ans) : La botte secrète

Qui de mieux placé pour réformer les forces de l’ordre qu’une ancienne policière ? Ça dépend à qui on pose la question. L’intéressée, qui a gravi tous les échelons jusqu’à devenir la première femme afro-américaine cheffe de la police d’Orlando, entre 2007 et 2011, estime avoir « une perspective unique » sur les dérives du système. Mais Demings a été accusée d’avoir défendu un usage excessif de la force durant son mandat. Encore peu connue du grand public, la représentante de Floride a toutefois pris du galon en étant l’un des sept managers de la Chambre lors de l’impeachment de Donald Trump.

  • Keisha Lance Bottoms, maire d’Atlanta (50 ans) : La cote qui monte

Dans le climat actuel particulièrement tendu, Keisha Lance Bottoms a répondu avec sa meilleure arme : l’empathie. Elle l’a martelé fin mai : « Avant tout, je suis la mère de quatre enfants noirs. Quand j’ai vu le meurtre de George Floyd, j’ai ressenti la douleur d’une mère. » La maire d’Atlanta s’est montrée dure avec les manifestants violents : « Vous n’honorez pas la mémoire de Martin Luther King. Vous vous attaquez à votre communauté. Si vous voulez du changement, allez voter. » Et quand Rayshard Brooks a été abattu par un policier d’Atlanta, vendredi dernier, elle a immédiatement demandé la démission de la cheffe de la police et le limogeage de l’officier depuis inculpé pour meurtre. « C’est une étoile montante mais elle a peu d’expérience et n’a pas été scrutée de près », juge Doug Heye. Chris Edelson estime cependant que Joe Biden n’a pas besoin de se presser et dispose d’assez de temps pour effectuer un background check efficace.

  • Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts (70 ans) : La championne de la gauche

En politique, tout est souvent une question de timing. En 2016, la route d’Elizabeth Warren avait été barrée par Hillary Clinton. Cette année, la pourfendeuse de Wall Street n’a pas réussi à décoller face à Bernie Sanders. Et alors que la crise économique du coronavirus avait remis les inégalités économiques sur le devant de la scène, ces questions ont été éclipsées ces dernières semaines par les injustices raciales. Et un ticket Biden-Warren – deux septuagénaires blancs – « ferait désordre », selon Chris Edelson.

  • Susan Rice, ex-conseillère à la Sécurité nationale d’Obama (55 ans) : La Némésis de Trump

Première Afro-Américaine ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, conseillère à la Sécurité nationale de Barack Obama… Susan Rice a un CV blindé. Joe Biden l’a côtoyée pendant huit ans et l’apprécie. Doug Heye la considère toutefois comme une « wild card », un joker risqué qui exposerait Biden à de violentes attaques. Les républicains avaient accusé Rice d’avoir caché la vérité sur l’attaque de Benghazi contre l’ambassade américaine – quand elle avait d’abord parlé, se basant sur des renseignements très préliminaires, d’une « manifestation spontanée ». Et même si elle a agi dans le respect de la loi, Donald Trump répète en boucle qu’elle a « espionné (sa) campagne » dans le feuilleton autour de l’enquête sur la Russie. Avec 9 points d’avance sur Trump dans les sondages, Biden devrait, en toute logique, choisir une colistière moins clivante.

  • Mention honorable

Selon le New York Times, Joe Biden considère également Tammy Baldwin, première sénatrice ouvertement lesbienne des Etats-Unis, Tammy Duckworth, sénatrice de l’Illinois et ancienne combattante blessée lors de la guerre en Irak, la gouverneure de l’Illinois Gretchen Whitmer, la gouverneure de Rhode Island, Gina Raimondo et celle du Nouveau-Mexique, Michelle Lujan Ghrisham. L’ex-candidate et sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, s’est quant à elle retirée de la course, estimant sur MNSBC qu’il « était temps de mettre une femme de couleur sur le ticket ». Fin mai, Joe Biden a indiqué, selon Politico, qu’il espérait annoncer son choix d’ici au 1er août.