Athènes: «Ces émeutes traduisent un mal-être profond des jeunes Grecs»

INTERVIEW Au troisième jour des émeutes à Athènes, Thalia Magioglou, chercheur à la Maison des sciences l’homme de Paris, revient sur la crise de l’emploi qui touche les jeunes…

Maud Descamps

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Jusque dans le quartier chic de Kolonaki, les carcasses carbonisées de voitures, les alignements de vitrines brisées et les tas de poubelles fumants attestaient mardi matin de la rage des contestataires, que des forces anti-émeutes dispersées et sur la défensive ont échoué à contenir pendant des heures.
Jusque dans le quartier chic de Kolonaki, les carcasses carbonisées de voitures, les alignements de vitrines brisées et les tas de poubelles fumants attestaient mardi matin de la rage des contestataires, que des forces anti-émeutes dispersées et sur la défensive ont échoué à contenir pendant des heures. — Angelos Tzortzinis AFP

Thalia Magioglou est chercheur en psychologie sociale à la Maison des sciences de l’homme à Paris. Elle revient sur les émeutes qui secouent Athènes depuis trois jours après qu’un jeune adolescent de 15 ans a été tué par un policier. Des affrontements qui traduisent une crise profonde de la jeunesse grecque, selon la spécialiste, et qui sont comparables aux émeutes de 2005 en France.

Pourquoi la situation est-elle si explosive en Grèce?
La situation était déjà tendue avant que l’adolescent ne se fasse tuer par un policier. Cet événement peut être considéré comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Depuis trois ans, le gouvernement grec fait face à des mouvements de protestations de la part des jeunes qui contestent une réforme du système éducatif. Récemment, une loi favorisant la création d’universités privées a mis le feu aux poudres. Les jeunes Grecs sont très inquiets du manque de débouchés auquel ils doivent faire face. Un sentiment d’inquiétude renforcé par le contexte de crise économique qui touche également la Grèce. Ces manifestations et affrontements sont un phénomène local qui exprime un problème beaucoup plus global, comme cela était le cas avec les émeutes de l’automne 2005 en France.

Le Premier ministre grec a lancé mardi un appel à l’unité de la nation et du monde politique. Les politiques se mobilisent-ils pour trouver une issue à cette crise?
Le problème aujourd’hui en Grèce est qu’il n’y a pas d’idéologie dominante capable de canaliser cette angoisse des jeunes et d’envisager une meilleure organisation pour l’avenir. Que ce soit dans le gouvernement ou dans l’opposition, personne n’incarne ce changement. Mais la Grèce n’est pas la seule concernée par ces problèmes. Je pense que la solution se trouve surtout au niveau européen avec la nécessité de s’entendre sur la valorisation des diplômes. Les jeunes sont de plus en plus touchés par la précarité de l’emploi. Dans ces conditions, il est difficile pour eux de se projeter dans l’avenir.

Quelles sont les mesures à prendre pour sortir de la crise et calmer la colère?
Premièrement il faudrait que le gouvernement grec instaure un dialogue avec ces manifestants. Le problème est qu’ils ne sont pas organisés et homogènes. Il s’agit de plusieurs groupes composés de syndicats, mais aussi de jeunes qui descendent pour la première fois dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Deuxièmement, il faut que le gouvernement montre à ces jeunes sa volonté d’être plus proche d’eux, d’être plus concerné par leurs angoisses. Beaucoup d’étudiants ne parviennent plus à s’assumer financièrement et sont obligés de travailler en parallèle de leurs études. Ces jeunes ont besoin de sentir qu’ils ont toute leur place dans l’espace public, et ce n’est pas le cas aujourd’hui.