Faim dans le monde: «Yes we can» mais pas avant 2150

PAUVRETE Jacques Diouf, le président de l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, dénonce une augmentation du nombre de victimes de la faim...

MD et CF vec agence

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Ces derniers mois, la flambée alimentaire a entraîné des manifestations violentes en Egypte, au Cameroun, en Côté d'Ivoire, en Mauritanie, en Ethiopie, à Madagascar, aux Philippines, en Indonésie.
Ces derniers mois, la flambée alimentaire a entraîné des manifestations violentes en Egypte, au Cameroun, en Côté d'Ivoire, en Mauritanie, en Ethiopie, à Madagascar, aux Philippines, en Indonésie. — Thony Belizaire AFP

La crise économique ne doit pas faire oublier, paradoxalement, la crise alimentaire. Elle pourrait même «entraîner une augmentation du nombre des victimes de la faim et de la pauvreté», a mis en garde la FAO ce mardi.
 
Le directeur général de l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf, a d'ailleurs annoncé des chiffres inquiétants: le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde est passé en 2008 à 963 millions, soit quinze fois la population de la France, en augmentation de 40 millions sur un an.

>> Notre reportage photo sur la famine qui frappe actuellement l’Ethiopie

En septembre, Jacques Diouf avait indiqué que depuis la flambée des prix alimentaires, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde avait augmenté de 75 millions pour la seule année 2007, atteignant le chiffre de 923 millions.
 
Nécessité d'une volonté politique

«Cette triste réalité n'est pas acceptable à l'aube du 21e siècle», a déploré le directeur général de la FAO, réclamant «davantage de volonté politique et plus de moyens» pour diminuer la faim dans le monde. «La question est de savoir quelle est la priorité: 963 millions de personnes ou bien autre chose?», a lancé Jacques Diouf, en référence à la mobilisation face à la crise financière.
 
Il a estimé qu'en l'état actuel de la situation, l'engagement pris en 1996 lors du Sommet mondial de l'alimentation de réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes ayant faim, risquait de «ne pas se réaliser avant 2150». Jacques Diouf a reconnu que des «erreurs stratégiques» avaient été commises, qu'il faudrait «corriger» en investissant notamment «plus dans l'agriculture afin d'augmenter la productivité».
 
30 milliards de dollars d'investissements par an

«Le “Yes we can” de Barack Obama peut fonctionner pour la crise alimentaire à condition que chacun joue son rôle. Je crois qu'à la fin, le bon sens prévaudra. Après les émeutes de la faim constatées dans vingt pays au début de ce siècle, les leaders ne vont pas seulement écouter mais agir», a assuré Jacques Diouf.
 
L'objectif de réduire de moitié la faim dans le monde d'ici 2015 nécessiterait «des investissements dans les pays pauvres d'au moins 30 milliards de dollars par an pour l'agriculture et la protection sociale des pauvres», a précisé Hafez Ghanem, sous-directeur général de la FAO.