Manifestations antiracistes : Au tour de la statue d’un célèbre journaliste italien d’être vandalisée à Milan

DÉGRADATION Plusieurs statues de personnalités controversées ont été déboulonnées ou dégradées en marge des protestations antiracistes qui sont apparues après l’affaire George Floyd. Dont celle dimanche du journaliste Indro Montanelli, qualifié de « colonialiste »

20 Minutes avec AFP

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La statue d'un célèbre journaliste italien a été aspergée de peinture rouge par des inconnus l'accusant de "racisme".
La statue d'un célèbre journaliste italien a été aspergée de peinture rouge par des inconnus l'accusant de "racisme". — MIGUEL MEDINA / AFP

La statue d’un célèbre journaliste italien a été aspergée de peinture rouge par des inconnus l’accusant de « racisme » à Milan, suscitant dimanche une condamnation politique quasi unanime.

L’inscription « raciste, violeur » a en outre été taguée à la peinture noire sur le socle de la statue dédiée à Indro Montanelli (1909-2001) dans le jardin du même nom, au centre de Milan (nord de l’Italie), a constaté l’AFP.

Dans la foulée de l’affaire George Floyd

Il s’agit de la première statue attaquée en Italie dans la vague de manifestations suscitées dans le monde par l'affaire George Floyd, un Américain noir mort aux Etats-Unis le 25 mai sous le genou d’un policier blanc lors de son interpellation. Ces protestations antiracistes ont donné lieu dans le monde au déboulonnage ou à la dégradation de plusieurs statues de personnalités controversées, comme le navigateur du XVe siècle Christophe Colomb.

Le groupe « Rete Studenti Milano e Lume », se présentant comme un « collectif universitaire » de la capitale lombarde, a revendiqué dimanche l’opération sur les réseaux sociaux. Il a posté une vidéo de 40 secondes dans laquelle deux individus encapuchonnés jettent des pots de peinture rouge sur la statue de bronze, avant de bomber son piédestal.

Un acte qui ne fait pas l’unanimité

« Un colonialiste qui a fait de l’esclavage une part importante de son activité politique ne peut et ne doit pas être célébré sur la place publique », a justifié cette organisation, demandant l’enlèvement de la statue. « Dans un moment mondial aussi important (…), nous pensons que des personnages comme celui d’Indro Montanelli sont nuisibles à l’imagination de tous ».

La police enquête, à la demande du bureau du procureur, selon l’agence de presse AGI. La statue a été nettoyée dans la journée par les services de la ville, auxquels se sont joints des passants et habitants du quartier s’indignant d’un acte « absurde » de « vandalisme ».

« C’est absurde d’être contre les gens qui ont construit l’histoire de l’Italie et l’histoire en général », a condamné l’un d’entre eux.

« Il y a eu des épisodes un peu discutables, mais quand il était très jeune et dans un contexte historique très particulier. Cela ne justifie pas un acte aussi laid », a déploré un autre habitant, avocat de 61 ans.

Etiqueté comme « fasciste »

Fondateur du journal Il Giornale, Indro Montanelli (1909-2001) est passé notamment par le quotidien Corriere della Sera. Classé à droite, l’homme se disait « anticommuniste » et « anarcho-conservateur », ce qui lui valut d’être étiqueté comme « fasciste » par la gauche italienne durant les années 1970 et 1980. Il avait échappé en 1977 à une tentative d’attentat des Brigades rouges.

En 1935, il s’était porté volontaire pour la guerre coloniale du dictateur fasciste Benito Mussolini en Erythrée.

Ces derniers jours, une association milanaise « anti-fasciste », I Sentinelli, avait exigé l’enlèvement de la statue, accusant le journaliste d’avoir épousé une enfant en Ethiopie durant la colonisation italienne, épisode dont Montanelli ne s’est jamais caché.

« La statue doit rester là où elle est »

« La haine et la malveillance dominent de plus en plus la confrontation civile et démocratique. Il faut vraiment s’en inquiéter », a condamné le président (centre-gauche) de la région Lombardie, Attilio Fontana. « Ignorer ou réécrire l’histoire est le nouveau passe-temps des extrémistes », a déploré Andrea Marcucci, du Parti démocrate (PD, gauche). « Salir la statue de Montanelli est un geste de lâcheté », a regretté Antonio Tajani, vice-président de Forza Italia (droite).

Le leader d’extrême-droite Matteo Salvini a fustigé « l’ignorant » et « le couillon » responsable des dégradations. Giorgia Meloni, patronne du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, s’en est pris aux « nouveaux talibans de l’antiracisme ».

« La statue doit rester là où elle est », a réagi sur les réseaux sociaux le maire de Milan, Beppe Sala, se disant disponible « pour toute discussion sur les thèmes du racisme et de Montanelli ». « C’était un grand journaliste, qui s’est battu pour la liberté de la presse (…) Nous demandons une vie sans tache ? Mais lorsque nous jugeons nos vies, pouvons-nous dire que la nôtre est sans tache ? Les vies doivent être jugées dans leur complexité ». L’an dernier, la statue avait déjà été recouverte de peinture, rose cette fois, lors d’une manifestation féministe.