Grèce: les violences reprennent de plus belle après l'enterrement d'Alexis

EMEUTES De nouvelles manifestations s'organisent dans le centre d'Athènes…

20minutes.fr avec agence

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Après l'enterrement d'Alexis mardi 9 décembre, les affrontements ont repris dans à Athènes.
Après l'enterrement d'Alexis mardi 9 décembre, les affrontements ont repris dans à Athènes. — IDE

Les manifestations antipolicières et les violences sont reparties de plus belle ce mardi soir en Grèce après les obsèques d'Alexis, plongeant un peu plus le pays dans la crise sociale et politique malgré l'appel au calme des autorités. La cérémonie n'a guère apaisé les violences, qui ont repris dès la fin des funérailles.

Des groupes de lycéens ont ainsi déclenché des incidents sur une artère commerçante d'Athènes, située à quelques centaines de mètres du cimetière où venait d'être inhumé
l'adolescent tué par un membre des forces spéciales.

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A Patras, dans l'ouest du pays, quelque 500 personnes ont attaqué mardi soir le bâtiment de la direction de la police à coups de pierres et d'engins incendiaires, et la police a répliqué avec des gaz lacrymogènes. D'autres accrochages ont eu lieu mardi à Salonique (nord), la deuxième ville du pays, dans le quartier des universités.

Dans un cercueil blanc


Le jeune Alexis Grigoropoulos, 15 ans, dont la mort samedi a provoqué une flambée de violences urbaines en Grèce, a été porté en terre sous des applaudissements et des slogans hostiles à la police. «Flics, cochons, assassins», ont crié des jeunes au moment où l'ado était porté dans un cercueil blanc vers sa tombe dans le cimetière de Paleo Faliro, une banlieue d'Athènes en bord de mer, près du grand port du Pirée.

«Alexis, tu es vivant», scandaient d'autres personnes, alors que conformément à la tradition grecque lors des enterrements, des applaudissements crépitaient. Soutenue par des proches, la mère de l'adolescent tué par un membre des forces spéciales suivait, pliée de douleur. Les télévisions grecques ont retransmis en direct les obsèques et plus de 2.000 personnes avaient afflué pour assister à la cérémonie.

Le ministre de l'Intérieur, Prokopis Pavlopoulos, et le chef de l'Etat, Carolos Papoulias, avaient appelé les participants à respecter la mémoire de l'adolescent en ne ternissant pas la cérémonie. En vain.



L'opposition socialiste veut la démission du gouvernement

Le chef de l'opposition socialiste grecque, Georges Papandréou, a demandé la démission du gouvernement conservateur et un «recours au verdict populaire», après déjà trois jours d'émeutes.

Dans les rues de la capitale, la tension est croissante, des cocktails Molotov, des pierres et d'autres projectiles ont fusé en début d'après-midi. La police grecque a fait usage de gaz lacrymogène pour repousser deux manifestations de plusieurs milliers de personnes à Athènes et Salonique (dans le nord du pays).

«L'Assassin, c'est le gouvernement»

Alors que le Premier ministre grec, Costas Caramanlis, a lancé ce mardi un appel à l'unité de la nation et du monde politique contre les fauteurs de troubles, plusieurs milliers de manifestants se sont à nouveau réunis pour manifester dans la capitale.

A Athènes, les enseignants du syndicat de l'enseignement secondaire (OLME) avaient déployé en tête du cortège une grande banderole affirmant «L'Assassin, c'est le gouvernement». Ils étaient suivis de près 2.000 lycéens et étudiants.

Un nombre équivalent d'étudiants et de militants de gauche ont commencé à manifester mardi après-midi à Salonique, la deuxième ville de Grèce.

Des affrontements entre policiers et jeunes

Retranchés dans l'Ecole polytechnique, près du musée archéologique national, une centaine de jeunes continuaient de harceler les forces de l'ordre ce mardi matin, qui ripostaient par des tirs de lacrymogènes. Le calme était en revanche revenu dans le reste du centre d'Athènes, théâtre, depuis lundi soir et jusque vers 1h30, d'affrontements, d'actes de vandalisme et de pillages de dizaines de magasins, banques et équipements publics, dans une atmosphère rendue irrespirable par les gaz lacrymogènes.

La tension était aussi retombée à Salonique et dans les autres villes gagnées lundi soir par la vague de violences et de destructions: Patras, dans le Péloponnèse, Larissa, dans le centre, la Canée, en Crète, et Ioannina dans le nord-ouest. Les incidents avaient démarré en soirée, en marge de manifestations de protestation qui avaient réuni plusieurs milliers de personnes à Athènes et Salonique, à l'appel de la gauche parlementaire.



Arrestations et hospitalisations

Dans la soirée de lundi, la police a arrêté 87 personnes à Athènes, en majorité des pillards qui ont dévalisé des magasins du centre-ville. Douze policiers ont été blessés pendant les affrontements avec les jeunes et au moins dix personnes ont été hospitalisées pour des problèmes respiratoires après avoir respiré des gaz lacrymogènes tirés par les forces anti-émeutes.

Les pompiers ont dû intervenir à 190 reprises et ont éteint des incendies dans 49 immeubles de bureaux, 47 boutiques, 20 véhicules et 10 bâtiments abritant des services ministériels. Deux pompiers ont également été hospitalisés pour des problèmes respiratoires.

Les collèges fermés en hommage à Alexis

Le policier qui a tiré sur Alexis Grigoropoulos, 15 ans, après une altercation entre forces de l'ordre et groupes de jeunes dans le quartier athénien d'Exarchia, a été arrêté et inculpé d'«homicide volontaire», tandis que le collègue qui l'accompagnait était appréhendé pour «complicité».

Dans tout le pays, les collèges et lycées resteront fermés mardi en signe de deuil, sur décision du ministère de l'Education, et de nouvelles manifestations sont attendues. A Athènes, les élèves doivent participer à un grand défilé dans le centre-ville à la mi-journée, suivis des enseignants. Alexis doit être inhumé ce mardi, à 14h (heure de Paris).