Liban: La contestation ne faiblit pas

CRISE FINANCIERE La livre libanaise est en chute libre face au dollar. Le chômage touche plus de 35 % de la population active et 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté

20 Minutes avec AFP

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Liban: De nouvelles manifestations contre l'effondrement de la livre et l'inflation — 20 Minutes

La promesse des autorités libanaises d’injecter des dollars pour tenter d’enrayer la dépréciation de la monnaie nationale n’a pas rassuré. Le climat est même particulièrement tendu, marqué par la défiance de la population envers le gouvernement. De nouvelles manifestations ont en effet eu lieu vendredi soir dans plusieurs villes contre l’attentisme des pouvoirs publics face au naufrage économique du pays.

« Révolution, révolution »

A Tripoli, la grande ville du nord du Liban, l’armée a ainsi dispersé sur la place principale des centaines de manifestants qui criaient « révolution, révolution ». Des protestataires ont lancé des pierres et des cocktails Molotov sur les militaires, et endommagé des façades de magasins et banques. Les soldats ont riposté avec des gaz lacrymogènes. Dans le centre de Beyrouth, des dizaines de jeunes ont aussi mis le feu à des magasins. « Nous aussi à Dahiyeh, nous avons faim (…) Nous commençons à ne plus pouvoir acheter de pain », a affirmé Mehanna, 25 ans, habitant d’un fief du Hezbollah dans le sud de la capitale.

L’effondrement progressif de la livre libanaise s’est accompagné d’une explosion de l’inflation, sans oublier les fermetures de commerces et les licenciements massifs, une crise aggravée par les mesures de confinement adoptées pendant deux mois face au coronavirus. L’enlisement économique, ajouté à une pénurie de dollars monnaie utilisée couramment au Liban, a été un des catalyseurs d’un soulèvement inédit, déclenché en octobre 2019 pour dénoncer une classe politique quasi inchangée depuis des décennies.

Pour réponse, lors d’une « réunion urgente » du gouvernement, le président Michel Aoun a annoncé la mise en place d’un mécanisme pour assurer « l’injection de dollars sur le marché par la Banque du Liban ». Le chef du Parlement Nabih Berri a évoqué des mesures adoptées pour ramener le taux de change sous les 4.000 livres pour un dollar. Des annonces similaires avaient été faites fin mai par les autorités mais sont restées sans effet. La livre libanaise s’échangeait depuis jeudi à un taux historique de 5.000 livres pour un dollar, selon des changeurs, alors que le taux fixé par leur syndicat est censé ne pas dépasser les 4.000 livres. Vendredi soir, elle s’échangeait à moins de 4.500 livres.

Le Hezbollah à la manœuvre

« Il est impossible pour le dollar ou toute autre monnaie de bondir à ce point en quelques heures », a souligné Michel Aoun, évoquant un « complot ». Officiellement, la livre libanaise est indexée depuis 1997 sur le billet vert au taux fixe de 1.507 livres pour un dollar.

Dans un Liban habitué aux tiraillements entre partis, des observateurs s’interrogent sur le jeu politique en coulisse. Le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, est engagé dans un bras de fer inédit avec le gouvernement et, selon des experts, le puissant mouvement chiite armé Hezbollah, qui domine la politique, cherche à l’évincer. Le gouverneur de la Banque centrale est critiqué par les manifestants pour des politiques financières qui ont favorisé un endettement excessif de l’Etat, au profit, disent-ils, des politiciens et des banques.

La crise actuelle est la plus grave depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). Le chômage touche plus de 35 % de la population active et plus de 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon le ministère des Finances. Les autorités négocient avec le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer des aides financières, dont le pays dépend pour enclencher sa relance économique. Mais cette aide est conditionnée à l’adoption de réformes longtemps ignorées par les autorités.