Mort de George Floyd : Trump refuse de céder dans la bataille sur l’héritage du Sud esclavagiste

ETATS-UNIS Le président américain a écarté, mercredi, de rebaptiser les bases militaires honorant des généraux confédérés

P.B. avec AFP

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Des manifestants rendent hommage à George Floyd autour de la statue du général confédéré Robert E. Lee, à Richmond, en Virginie, le 8 juin 2020.
Des manifestants rendent hommage à George Floyd autour de la statue du général confédéré Robert E. Lee, à Richmond, en Virginie, le 8 juin 2020. — Steve Helber/AP/SIPA

La guerre de Sécession s’est terminée il y a plus de cent cinquante ans, mais la bataille autour de l’héritage du Sud esclavagiste continue de faire rage en Amérique. Dans la foulée des manifestations antiracistes provoquées par la mort de George Floyd, le Pentagone s’était dit ouvert à l’idée de rebaptiser les bases militaires américaines portant le nom de généraux sudistes. Mercredi, Donald Trump a dit non, estimant que ces « bases légendaires » faisaient partie « du grand héritage américain ».

La bataille se joue sur plusieurs fronts. Nancy Pelosi, elle, a appelé à retirer les statues de généraux du Capitole de Washington, tandis que la fédération automobile du Nascar a interdit le drapeau confédéré dans ses enceintes.

L’histoire « mise en pièces », selon Trump

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump se range de ce côté sur ce sujet sensible aux Etats-Unis, où certains voient dans l’hommage rendu aux Sudistes, qui étaient favorables à l’esclavage, la célébration d’un passé raciste. A l’été 2017, il avait estimé que l’histoire américaine était « mise en pièces » par le retrait de statues de personnages des Etats confédérés.

Dans une série de tweets, le président américain a estimé que ces bases « légendaires » faisaient désormais partie du patrimoine américain. Et martelé que son gouvernement n’étudierait « même pas » la possibilité de les renommer. « Respectez notre armée ! », a-t-il conclu. Mardi, le ministre de la Défense s’était de son côté dit, par la voix d’une porte-parole, « ouvert à une discussion sur le sujet ».

Dix bases de l’armée de terre, toutes situées dans le sud du pays, portent le nom d’anciens militaires sudistes. Dans ses messages, le président américain cite en particulier Fort Bragg en Caroline du Nord. Cette base, la plus grande du pays, porte le nom d’un ancien général de l’armée sécessionniste, Braxton Bragg, qui est surtout connu pour avoir perdu la grande bataille de Chattanooga en 1863.

Une base de Géorgie honore Henry L. Benning, un général esclavagiste convaincu, qui avait plaidé pour la création d’une « Slavocratie sudiste ». Il existe aussi un Fort Lee, du nom du commandant en chef de l’armée sudiste Robert Lee, situé à une trentaine de kilomètres de Richmond, capitale des Etats confédérés pendant la guerre.

Nancy Pelosi veut retirer les statues du Capitole

Preuve que ce débat récurrent est bien revenu au premier plan, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a appelé mercredi soir au retrait des 11 statues du Capitole représentant des soldats et des responsables confédérés. « Ces statues célèbrent la haine, pas notre patrimoine », a-t-elle estimé. Le gouverneur démocrate de la Virginie, Ralph Northam, avait, lui, annoncé que le monument du général Robert Lee serait retiré à Richmond, mais un juge a temporairement bloqué son décret mardi.

Enfin, la fédération automobile du Nascar, un sport particulièrement populaire dans le Sud et chez les conservateurs, a annoncé mercredi que le drapeau confédéré serait désormais interdit dans ses enceintes : exhiber ce drapeau « va à l’encontre de notre engagement à fournir un environnement accueillant et inclusif ». Darrell « Bubba » Wallace, seul pilote noir du circuit, a demandé à ce que le drapeau confédéré soit retiré des sites, arguant dimanche après une course qu’il « n’avait pas sa place dans le sport ».