Coronavirus : La justice italienne va entendre Giuseppe Conte sur la gestion de l’épidémie

ENQUETE « Je ne suis pas du tout inquiet », a assuré le Premier ministre italien après l'annonce du parquet de Bergame

20 Minutes avec AFP

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Giuseppe Conte le 3 juin 2020.
Giuseppe Conte le 3 juin 2020. — Insidefoto/Sipa USA/SIPA
  • Le parquet de Bergame veut entendre le chef du gouvernement pour son enquête sur la gestion de l’épidémie de coronavirus.
  • Au coeur de l'enquête, les retards dans la création d’une « zone rouge » comprenant deux communes de ce département particulièrement touchées.
  • Le Covid-19 a fait plus de 34.000 morts dans la péninsule.

L’heure des comptes. Le parquet de Bergame, dans le nord de l’Italie, va entendre le chef du gouvernement Giuseppe Conte dans le cadre d’une enquête sur la gestion de l’épidémie de coronavirus qui a fait plus de 34.000 morts dans la péninsule.

Les magistrats, qui pourraient se rendre à Rome pour entendre le président du Conseil, souhaitent aussi écouter les témoignages des ministres de la Santé, Roberto Speranza, et de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, ont ajouté ces mêmes agences.

« Je ferai état de tous les faits dont j’ai connaissance »

Dans une rapide déclaration à la presse mercredi soir, Giuseppe Conte a fait savoir que cette audition aurait lieu vendredi. « Les choses que j’ai à dire au procureur, je les dirai au procureur, je ne veux pas anticiper. Je ferai consciencieusement état de tous les faits dont j’ai connaissance. Je ne suis pas du tout inquiet », a assuré le Premier ministre. « Toutes les enquêtes sont les bienvenues. Les citoyens ont le droit de savoir et nous avons le droit de répondre », a-t-il ajouté.

Le parquet de Bergame, ville martyre de la région de Lombardie et épicentre de l’épidémie qui a frappé l’Italie de début février à mai, mène plusieurs enquêtes distinctes liées à cette tragédie. Celle dans laquelle les magistrats souhaitent entendre Giuseppe Conte et ses deux ministres porte sur les retards dans la création d’une « zone rouge » comprenant deux communes de ce département, Nembro et Alzano Lombardo, particulièrement touchées par le Covid-19.

Le gouvernement central et les dirigeants de la Lombardie se rejettent la responsabilité de ce retard, qui a eu un impact dramatique avec la saturation du système sanitaire, la hausse de la mortalité et la progression du nouveau coronavirus dans cette région.

Le président de la Lombardie, Attilio Fontana, et son responsable régional de la Santé, Giulio Gallera, entendus fin mai devant le parquet de Bergame sur cet aspect, avaient affirmé que la décision d’établir la « zone rouge » revenait au gouvernement à Rome. Le ministre des Affaires régionales, Francesco Boccia, avait à l’époque rétorqué que « même la région aurait pu l’instaurer, il existe une loi le permettant ». Toute la question porte donc sur qui, du gouvernement central ou de la Lombardie, aurait dû, entre le 3 et le 9 mars, mettre en place cette zone d’alerte.

Cette enquête est distincte du recours collectif introduit mercredi matin, également à Bergame, avec le dépôt auprès du parquet local d’une cinquantaine de plaintes par des proches de victimes du virus, la première action de groupe en Italie à propos de la pandémie.

Des « zones rouges » établies dès février

Les premières « zones rouges » ont été établies fin février sur décision du gouvernement italien et ont concerné une dizaine de municipalités en Lombardie, notamment Codogno, la ville du « patient numéro un ».

Début mars, l’épidémie a continué de se propager, avec deux foyers plus importants, dans les deux communes de Nembro et d’Alzano, dans le département de Bergame.

Le Comité technique et scientifique (CTS), qui conseille le gouvernement, a alors proposé d’y imposer une « zone rouge », jugeant que la situation « s’aggravait dans toute la Lombardie », tandis que l’Institut supérieur de la santé (ISS) préconisait à son tour le lendemain la même mesure dans ces deux communes.

Du temps perdu

Mais, selon le Corriere, Giuseppe Conte a une nouvelle fois rencontré ces experts le 6 mars, pour finalement choisir de faire du pays entier une « zone rouge », par un décret signé le 7 mars et entré en vigueur le surlendemain, perdant ainsi un temps précieux pour contenir la pandémie.

« Après tant de mensonges et d’attaques honteuses, justice est faite : ceux qui ont commis des erreurs doivent payer », s’est félicité mercredi Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite), à laquelle appartient le président de la Lombardie, lui-même sévèrement critiqué pour sa gestion de la crise.