Déconfinement : Les cas de Covid-19 en hausse dans 21 Etats américains

PANDEMIE Les premiers signes d’un relâchement apparaissent, et les manifestations de ces derniers jours pourraient favoriser l’émergence de nouveaux foyers

P.B.

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Des touristes ont pris d'assaut les casinos de Las Vegas pour leur réouverture, le 4 juin 2020.
Des touristes ont pris d'assaut les casinos de Las Vegas pour leur réouverture, le 4 juin 2020. — MediaPunch/REX/SIPA

L’interminable plateau. Alors que la pandémie de coronavirus reflue en Europe et en Chine, et qu’elle progresse dans de nouvelles régions (Amérique latine, Inde, Russie, Moyen-Orient), les Etats-Unis semblent bloqués depuis plus de deux mois autour de 20.000 nouveaux cas et 1.000 décès quotidiens. Et si l’épidémie recule nettement à New York et dans le Nord-Est, 21 Etats enregistrent une hausse du nombre de nouveaux cas depuis la fin mai, selon les données de l’université Johns Hopkins.

L’augmentation du nombre de tests explique en partie ces chiffres. Mais le déconfinement, parfois très décontracté, notamment à Las Vegas, et les nombreuses manifestations qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes depuis la mort de George Floyd, sont surveillées de près par les experts. « On est loin d’en avoir terminé avec le virus », a averti l’infectiologue Anthony Fauci, mardi.

Rassemblements familiaux et déconfinement décomplexé

Les chiffres sont en forte hausse dans une demi-douzaine d’Etats. Le nombre de nouveaux cas a notamment triplé en Arizona, en Caroline du Sud, dans l’Arkansas et en Floride entre la fin mai et le 8 juin. En Arizona, le nombre de tests quotidiens a doublé depuis début mai, et il s’agit en majorité de cas le plus souvent bénins. Au Texas, en Caroline du Nord et du Sud, en revanche, les hospitalisations sont en hausse par rapport au mois précédent. Il faudra plusieurs semaines avant de voir si les chiffres des décès suivent.

En Californie, les autorités sanitaires ont enregistré des hausses de plus de 50 % dans certains comtés, notamment à Sacramento. Le « contact tracing » pointe en grande partie vers des cas contractés lors de rassemblements familiaux à l’occasion du long week-end de Memorial Day, fin mai. Alors que le déconfinement se poursuit, et que les bars et les cinémas doivent rouvrir, de grandes disparités émergent sur le port du masque : très répandus dans les Etats majoritairement démocrates, comme New York, mais beaucoup moins dans le Sud (Texas, Géorgie, Louisiane). A Las Vegas, les images de la réouverture des casinos ont de quoi donner des sueurs froides aux épidémiologistes, avec une distanciation aussi optionnelle que les masques.

Point d’interrogation sur les manifestations

Depuis la mort de George Floyd, le 26 mai, des centaines de milliers d’Américains ont participé à des manifestations contre le racisme et les violences policières dans plusieurs centaines de villes. Dans les cortèges, comme celui sur Hollywood Boulevard, qui a rassemblé 25.000 personnes, dimanche, impossible ou presque de pratiquer la distanciation sociale, pour les manifestants comme pour les journalistes. Une immense majorité de personnes portent un masque, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Par précaution, les experts recommandent à tous les participants de se faire tester une semaine après avoir manifesté.

« Est-ce que les manifestations vont provoquer une hausse des cas de Covid-19 ? Oui. Est-ce que ça sera anecdotique, un rebond ou une forte hausse ? On ne le sait pas », estime sur Twitter le directeur des urgences de l’hôpital presbytérien de New York, Craig Spencer. Selon lui, être en extérieur et porter un masque diminue le risque de transmission, mais la densité est un facteur aggravant. Sans parler de l’utilisation de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre et des nuits au poste dans des cellules surpeuplées. A Washington, plusieurs membres de la Garde nationale ont été testés positifs au Covid-19 ces derniers jours, ont confirmé les autorités.

Spencer, qui a combattu l’épidémie d’Ebola en Afrique, estime cependant que « les manifestants connaissent les risques ». Selon lui, « combattre quatre cents ans d’injustice raciale en vaut la peine. »