AQMI: Abdelmalek Droukdal, une figure du djihad algérien et africain

PORTRAIT Chef et fondateur de la branche de Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), il est mort le 3 juin au Mali selon la ministre des Armées Florence Parly

20 Minutes avec AFP

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Abdelmalek Droukdel, leader de Aqmi au Mali, a été tué le 3 juin 2020 par l’armée française (photo non datée).
Abdelmalek Droukdel, leader de Aqmi au Mali, a été tué le 3 juin 2020 par l’armée française (photo non datée). — /AP/SIPA

Il avait été l’ennemi public numéro un en Algérie puis avait fondé la branche de Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), rêvant de devenir une figure du djihad global. L’Algérien Abdelmalek Droukdal est finalement mort en « martyr » le 3 juin, dans une opération de l’armée française au Mali.

Avec la mort de Droukdal disparaît un pan entier de l’histoire du djihad africain. « Il avait l’aura de celui qui avait réussi à durer et qui était en lien avec Al-Qaida centrale », souligne un expert de l’antiterrorisme sous couvert d’anonymat. « Mais comme tous les chefs dans ce milieu, il était contesté ». Selon une autre source, les combattants lui reprochaient de ne pas être à leurs côtés.

Expert en explosifs

Né en 1971 dans un quartier pauvre de Meftah, une localité déshéritée de la grande banlieue d’Alger, Abdelmalek Droukdal fait des études scientifiques à Blida et rejoint en 1993 les Groupes islamiques armés (GIA), où il joue les experts en explosifs. Son mentor politique et militaire est le Jordanien Abou Moussaab Al-Zarqaoui, qui avait multiplié les attentats-suicides en Irak avant d’être tué par l’armée américaine en 2006. L’homme au visage rond dévoré par une barbe abondante lui a même emprunté son nom de guerre, Abou Moussaab.

Mais il n’en était pas moins ancré dans son pays d’origine, souligne le site Counter Extremism Project (CEP), décrivant « un mélange d’islam politique et de nationalisme arabe » chez un de ces rares leaders de Al-Qaida à ne pas avoir été formé dans des camps au Yemen ou en Afghanistan. « Droukdal a été décrit comme dur, doté d’une forte personnalité », précise le CEP. Un homme « charismatique avec d’excellentes capacités oratoires ».

A la fin des années 1990, il participe à la fondation du GSPC algérien (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), sous la direction de l’émir Hassan Hattab. Mais ce dernier est jugé insuffisamment actif par Droukdel et un autre de ses lieutenants, Nabil Sahraoui. « Peu après l’invasion américaine en Irak, ils déposent Hattab au nom d’un engagement nettement plus internationaliste », écrit Jean-Pierre Filiu dans son ouvrage « Les neufs vies de Al-Qaida ». Quand Sahraoui est tué, Droukdal devient l’émir du GSPC.

Repéré par Al-Qaida

Le GSPC forme alors des djihadistes pour les envoyer en Irak. La direction de Al-Qaida s’intéresse à celui qui mobilise à partir du sud algérien dans les pays voisins. Le nombre d’attaques double de 2006 à 2007, ce qui lui vaut d’être fiché comme un terroriste lié à Al-Qaida par les Etats-Unis et l’ONU et d’être condamné par contumace en Algérie à la réclusion à perpétuité en 2007.

A la fin des années 2000, il domine le nord-est algérien, « rançonne les populations environnantes et harcèle les forces de sécurité », explique Jean-Pierre Filiu. Mais l’émir échoue à fédérer les groupes actifs au Maroc, en Tunisie ou en Libye.

De longues années de silence

En 2011, Ben Laden est tué au Pakistan. Droukdal refuse de prêter allégeance à Zawahiri et reprend son autonomie. Son emprise locale est plus évanescente, son autorité s’effrite. Il se fait plus rare, voire totalement silencieux, entre 2012 et 2015. En 2016, des journaux algériens affirment qu’il s’est enfui en Tunisie. Depuis, il se cachait. L’opération française de cette semaine est « un beau résultat », estime l’expert en terrorisme, mais « ça ne règle pas le problème du Sahel ».