Hong Kong : Boris Johnson envisage de proposer des passeports à des millions de citoyens

HONG KONG Le « passeport britannique d’outre-mer », qui donne accès à la Grande-Bretagne jusqu’à six mois et ouvre l’accès à la citoyenneté britannique, pourrait être proposé à 2,5 millions de personnes si la Chine persiste à imposer au territoire sa loi sur la sécurité nationale

20 Minutes avec AFP

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Boris Johnson devant le 10 Downing Street, le 28 mai 2020.
Boris Johnson devant le 10 Downing Street, le 28 mai 2020. — Brett Cove / SOPA Images/SIPA

Le Premier ministre Boris Johnson a déclaré mardi qu’il proposerait à des millions d’habitants de Hong Kong des passeports et un possible accès à la citoyenneté britannique si la Chine persiste à imposer au territoire sa loi sur la sécurité nationale.

« De nombreuses personnes à Hong Kong craignent que leur mode de vie – que la Chine s’est engagée à maintenir – ne soit menacé » par cette loi, a écrit Boris Johnson dans un article pour le Times de Londres et le South China Morning Post. « Si la Chine va de l’avant et justifie ces craintes, la Grande-Bretagne ne pourra pas en conscience hausser les épaules et passer à autre chose ; au contraire, nous honorerons nos obligations et nous fournirons une alternative », a assuré Boris Johnson.

Quelque 350.000 personnes à Hong Kong détiennent actuellement le « passeport britannique d’outre-mer », qui donne l’accès sans visa à la Grande-Bretagne pour un séjour allant jusqu’à six mois, a indiqué le Premier ministre britannique. Quelque 2,5 millions de personnes supplémentaires seraient éligibles à une demande d’obtention de ce document, délivré aux habitants de l’ancienne colonie britannique lors de sa rétrocession à la Chine en 1997.

Des droits qui ouvriraient « la voie de la citoyenneté » britannique

Adoptée par l’Assemblée nationale populaire (ANP) chinoise mais non finalisée, la loi sur la sécurité nationale prévoit de punir les activités séparatistes, « terroristes », la subversion, ou encore les ingérences étrangères dans le territoire autonome chinois.

Décidée par Pékin après une vague de manifestations pour les libertés à Hong Kong, la loi a provoqué une levée de boucliers internationale et un regain d’agitation dans ce territoire autonome du sud de la Chine. Les opposants à l’influence de Pékin dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de 7 millions d’habitants.

Or Pékin s’est engagé lors de la rétrocession à garantir à Hong Kong une large autonomie et des libertés selon le principe « un pays, deux systèmes ». « Si la Chine impose sa loi sur la sécurité nationale, le gouvernement britannique modifiera sa législation sur l’immigration et permettra à tout détenteur de ces passeports résidant à Hong Kong de venir au Royaume-Uni pour une période renouvelable de 12 mois et d’obtenir d’autres droits, y compris le droit de travailler, ce qui les mettrait sur la voie de la citoyenneté », a écrit Boris Johnson.

« J’espère qu’on n’arrivera pas là »

L’imposition de la loi sur la sécurité à Hong Kong « restreindrait ses libertés et réduirait substantiellement son autonomie », a souligné le Premier ministre britannique. « La Grande-Bretagne n’aurait alors pas d’autre choix que de maintenir ses profonds liens d’histoire et d’amitié avec le peuple de Hong Kong », a-t-il dit.

Londres avait déjà évoqué des plans pour accorder des droits supplémentaires aux détenteurs hongkongais d’un « passeport britannique d’outre-mer », joignant aux protestations internationales contre la loi sur la sécurité. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, avait exhorté mardi Pékin à reculer. « Il est encore temps pour la Chine de réfléchir, de s’éloigner du précipice et de respecter l’autonomie de Hong Kong et ses propres obligations ainsi que ses obligations internationales », avait-il déclaré devant le Parlement.

Mais l’intervention personnelle de Boris Johnson fait significativement monter la pression de Londres sur Pékin. Lui aussi a appelé la Chine à ne pas appliquer la loi. « J’espère qu’on n’arrivera pas là », a-t-il écrit. « La Grande-Bretagne ne cherche pas à entraver la montée de la Chine » dans le concert des nations, a-t-il assuré. « La Grande-Bretagne veut seulement que Hong Kong prospère dans le cadre de "un pays, deux systèmes" », a-t-il dit. « J’espère que la Chine veut la même chose. Travaillons ensemble pour qu’il en soit ainsi ».