Coronavirus : Le Japon sort de l’état d’urgence et prend la route du déconfinement

PANDEMIE Si la mesure permet petit à petit le redémarrage des activités, le pays est encore bien loin d’un retour à la normale

Mathias Cena

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Le quartier de Ginza à Tokyo, le 25 mai 2020.
Le quartier de Ginza à Tokyo, le 25 mai 2020. — Miho Ikeya/AP/SIPA
  • Le Premier ministre nippon a annoncé ce lundi la levée de l’état d’urgence dans tout l’Archipel.
  • En vigueur depuis le 7 avril, il avait été progressivement levé dans 42 des 47 départements japonais.
  • Le déconfinement peut désormais commencer, par étapes, à Tokyo et dans son agglomération.

Un pas supplémentaire vers un retour à la normale encore lointain. Le Premier ministre nippon Shinzo Abe a déclaré ce lundi la levée de l’état d’urgence dans l’ensemble du Japon, où la pandémie de coronavirus a fait 839 morts, attirant l’attention sur l’aspect « effrayant » du virus, qui « continuera à exister autour de nous et recommencera à se propager si l’on relâche notre vigilance ».

L’état d’urgence, d’abord déclaré début avril dans sept départements japonais, avait été étendu à l’ensemble du pays dix jours plus tard, permettant aux gouverneurs locaux de demander à la population d’éviter les sorties non indispensables et à certains commerces de cesser ou de restreindre leurs activités. Prévu pour un mois initialement, il avait été prolongé jusqu’au 31 mai, mais par la suite levé progressivement. Depuis jeudi, il ne concernait plus que Tokyo et trois départements environnants, où se concentrent plus de 35 millions d’habitants et la moitié des 16.600 cas recensés en tout au Japon, ainsi que l’île septentrionale d’Hokkaido.

Lundi, le panel d’experts qui conseille le gouvernement pendant la crise du coronavirus a jugé que la situation ne nécessitait pas le maintien du pays sous état d’urgence. L’un des objectifs fixés, un nombre de nouveaux cas de contaminations hebdomadaires inférieur à 0,5 pour 100.000 habitants, a été atteint à Tokyo (0,36 entre lundi dernier et dimanche) et dans deux autres départements, mais reste légèrement supérieur dans la région de Yokohama et à Hokkaido. Soulignant des critères « très stricts », Shinzo Abe a vanté « la force du modèle japonais » qui a permis de les satisfaire alors que l’état d’urgence n’est pas assorti d’amendes en cas de non-respect des recommandations.

Une première étape de « déconfinement »

Concrètement, selon le plan annoncé vendredi par la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, la première étape de « déconfinement » devrait permettre la réouverture progressive dans la capitale des écoles, musées et bibliothèques, l’ouverture des bars et restaurants jusqu’à 22h (au lieu de 20h sous l’état d’urgence), et la reprise d’événements sportifs sans spectateurs.

L’étape 2, qui pourrait être enclenchée dès le 30 mai, prévoit la reprise d’activité des cinémas, théâtres et de la plupart des commerces. Une troisième étape envisage la réouverture des parcs d’attractions, salles de jeux, cybercafés, et les heures d’ouvertures des restaurants étendues jusqu’à minuit. Les établissements nocturnes - karaoké, salles de concert – et salles de sport resteront en revanche fermés jusqu’à nouvel ordre.

Les frontières fermées jusqu’à nouvel ordre

Comme dans les autres pays, ce « déconfinement » doit s’accompagner d’un « nouveau mode de vie », comme l’a répété Shinzo Abe, où le port du masque, la distanciation sociale et le télétravail occupent une place centrale. Si la mesure permet petit à petit le redémarrage des activités, le pays est encore bien loin d’un retour à la normale, et les autorités de plusieurs des zones où l’état d’urgence a déjà été levé ont appelé leurs habitants à limiter leurs déplacements, en particulier vers les agglomérations de Tokyo et d’Osaka. Le ministre de la Revitalisation économique, Yasutoshi Nishimura, a recommandé aux habitants d’éviter de franchir les limites de leur département au moins jusqu’à la fin du mois.

L’inquiétude reste donc particulièrement vive quant à la reprise de l’économie, alors que le pays est entré en récession au premier trimestre et devrait continuer à pâtir de la pandémie de Covid-19. Shinzo Abe a annoncé de nouvelles mesures, notamment pour permettre aux commerçants en difficulté de payer leur loyer.

Le tourisme étranger, qui a diminué de 99,9 % en avril comparé à l’année dernière, restera jusqu’à nouvel ordre au point mort, tout comme les voyages d’affaires : les frontières de l’Archipel sont toujours fermées aux Non-Japonais ayant transité au cours des deux dernières semaines par une centaine de pays, dont la Chine, la Corée du Sud, la plupart des pays d’Europe et l’Amérique du Nord, et les exemptions de visa suspendues.

La popularité de Shinzo Abe au plus bas depuis 2012

Le gouvernement nippon ne devrait pas non plus tirer profit politiquement de ce déconfinement : selon un sondage du quotidien Asahi réalisé ce week-end, seuls 29 % des Japonais lui font confiance, le score le plus bas depuis le retour au pouvoir, en 2012, de Shinzo Abe. Quelque 57 % des sondés jugent négativement son action face à la crise du coronavirus, notamment les mesures de soutien économique aux foyers et aux entreprises et la politique de tests, dont le nombre est jugé insuffisant. La décision du Premier ministre d’envoyer deux masques en tissu à chaque foyer du pays a également suscité colère et moqueries, rapidement surnommée « Abenomask », référence sarcastique à la politique économique « Abenomics » engagée par le dirigeant au début de son mandat.

Shinzo Abe est aussi éclaboussé par un énième scandale politique, accusé de vouloir remettre en cause la séparation des pouvoirs par un projet de loi concernant l’âge du départ à la retraite des procureurs. Le haut responsable du parquet au cœur de ce scandale de favoritisme, proche du Premier ministre, a par ailleurs dû démissionner la semaine dernière après la révélation, par un hebdomadaire, du fait qu’il avait enfreint le confinement pour jouer au mah-jong avec des journalistes.