Hong Kong: Pékin veut imposer une loi sur la sécurité nationale, Washington hausse le ton

DIPLOMATIE Le projet de loi pourrait relancer le mouvement de protestation qui avait secoué le territoire l'an dernier

20 Minutes avec AFP

— 

Un élu pro-démocratie à Hong Kong interrompt les débats le 18 mai 2020.
Un élu pro-démocratie à Hong Kong interrompt les débats le 18 mai 2020. — Vincent Yu/AP/SIPA

La Chine hausse le ton face au courant anti-Pékin à Hong Kong : le parlement est saisi d’une loi sur la « sécurité nationale » destinée au territoire semi-autonome, secoué l’an dernier par un colossal mouvement de protestation. Washington a aussitôt mis en garde Pékin contre une loi « très déstabilisatrice ».

Cette législation sera étudiée durant la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP) qui s’ouvre vendredi à Pékin, a annoncé jeudi devant la presse son porte-parole Zhang Yesui. Le parlement chinois est essentiellement la chambre d’enregistrement législative du Parti communiste (PCC), et la future adoption de ce texte fait peu de doute. Il suscitera probablement une vague d’opposition à Hong Kong.

« La fin de Hong Kong »

« Je veux juste dire à la communauté internationale que ceci est la fin de Hong Kong », a réagi jeudi soir depuis le territoire semi-autonome le député pro-démocratie Dennis Kwok, accusant Pékin d’avoir « rompu sa promesse ».

Le projet de loi entend renforcer les « mécanismes d’application » en matière de « protection de la sécurité nationale » dans l’ex-colonie britannique rendue à la Chine en 1997. « Toute tentative d’imposer une loi sur la sécurité nationale qui ne reflète pas la volonté des citoyens de Hong Kong serait très déstabilisatrice et serait fermement condamnée par les Etats-Unis et la communauté internationale », a réagi la porte-parole de la diplomatie américaine Morgan Ortagus. Quant au président Donald Trump, interrogé à ce sujet, il a promis de réagir le cas échéant « de manière très forte ».

Le texte intervient près d’un an après le début de manifestations monstres à Hong Kong. D’abord dirigées contre la mainmise jugée grandissante de Pékin sur le territoire, elles s’étaient muées en demande d’autonomie supplémentaire. Le mouvement a donné lieu à des affrontements violents entre policiers et radicaux, ainsi qu’à de nombreux actes de vandalisme. Il a également stimulé un courant militant pour l’auto-détermination voire l’indépendance de la région.

'Un pays, un système'

Une ligne rouge pour Pékin, depuis longtemps frustré de l’incapacité du gouvernement hongkongais à faire adopter une loi anti-subversion au niveau local. « Hong Kong est une partie inséparable de la République populaire de Chine », a encore martelé jeudi Zhang Yesui.

Interrogé sur le contenu du texte de loi, qui n’a pas été révélé, il a indiqué que davantage de détails seraient annoncés vendredi à l’ouverture de la session du parlement. Hong Kong jouit d’une très large autonomie par rapport au reste du pays dirigé par le PCC, en vertu du concept « Un pays, deux systèmes ».

Ses habitants bénéficient ainsi de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante. Des droits inconnus en Chine continentale. Ce nouveau projet de loi « me donne le sentiment que c’est le concept 'Un pays, un système' qui est désormais officiellement mis en place à Hong Kong », a ironisé la député pro-démocratie hongkongaise Tanya Chan.

La crainte de nouvelles tensions est donc plus que jamais vive. La Bourse de Hong Kong plongeait ainsi de plus de 4 % à mi-séance vendredi. L’indice Hang Seng chutait de 1,119.92 points (4,61 %) à 23.160,11 points.