Iran : Cinq ans de prison pour la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah

REPRESSION L’anthropologue franco-iranienne a été condamnée pour « collusion » contre la sûreté nationale et « propagande contre le système ». Paris dénonce une condamnation « politique »

20 Minutes avec AFP

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Fariba Adelkhah (archives)
Fariba Adelkhah (archives) — IBO/SIPA
  • L’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah a été condamnée à cinq ans de prison pour « collusion » et un an supplémentaire pour « propagande ».
  • Détenue dans la prison d’Evine à Téhéran, cette spécialiste du chiisme âgée de 61 ans a toujours clamé son innocence.
  • Paris dénonce une condamnation « politique », tandis qu'un observateur décrit une partie de « billard à trois bandes », sur fond de tensions internationales.

Détenue en Iran depuis près d’un an, l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah a été condamnée à cinq ans de prison pour « collusion » contre la sûreté nationale et « propagande contre le système », a annoncé samedi son avocat. Ce samedi en début d’après-midi, Paris dénonce une condamnation « politique ».

Détenue dans la prison d’Evine à Téhéran, cette spécialiste du chiisme âgée de 61 ans a toujours clamé son innocence. Son arrestation en juin 2019, comme celle d’un autre chercheur français Roland Marchal - libéré récemment -, avait été dénoncée par la France qui réclame sa libération. Mais l’Iran ne reconnaît pas la double nationalité. Son comité de soutien à Paris a dénoncé samedi le « processus opaque » dans lequel s’est déroulée la procédure judiciaire, l’apparentant au « procès de Kafka ».

Condamnation de six ans au total

La chercheuse a été condamnée à cinq ans de prison pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale » ainsi qu’à un an pour « propagande contre le système » politique de la République islamique, mais elle doit purger seulement la peine la plus longue, a indiqué Me Saïd Dehghan. Ces condamnations peuvent néanmoins faire l’objet d’un appel.

Son collègue et compagnon, Roland Marchal, avait été arrêté comme elle en juin 2019 alors qu’il venait lui rendre visite à Téhéran. Accusé aussi de « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale », il a fini par être relâché fin mars. Téhéran avait alors évoqué un échange avec un ingénieur iranien détenu en France et menacé d’extradition vers les Etats-Unis.

Inquiétudes pour sa santé

Selon l’avocat, l’accusation de « propagande contre le système politique » se réfère à des propos de la chercheuse sur le port du voile en Iran, mais selon lui il s’agit de remarques d’une universitaire avant tout plus que d’un jugement de valeur.

Pendant son procès, ouvert le 3 mars, la chercheuse avait été très affaiblie par une grève de la faim de 49 jours entre fin décembre et février, selon son avocat. Après celle-ci, le comité de soutien de Fariba Adelkhah s’était alarmé des risques de propagation de l’épidémie de Covid-19 dans les prisons d’Iran, un des pays les plus touchés au monde avec près de 7.000 morts. La chercheuse souffrirait d’une « maladie rénale, conséquence de (sa) grève de la faim ».

Les arrestations d’étrangers en Iran, notamment binationaux, souvent accusés d’espionnage, se sont multipliées depuis le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement de dures sanctions américaines contre Téhéran.

« Billard à trois bandes »

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait qualifié début février d'« insupportables » les détentions de Fariba Adelkhah et Roland Marchal. « Il ne s’agit pas d’un processus juridique en bonne et due forme, il n’y a évidemment aucun débat contradictoire », a estimé samedi Jean-François Bayart, professeur à l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) de Genève et membre du comité de soutien.

L’anthropologue est prise dans un « billard à trois bandes », a-t-il ajouté, soulignant cependant qu’elle demeurait « extrêmement combative, lucide et déterminée ». Au cours des derniers mois, l’Iran a procédé à plusieurs échanges de prisonniers avec des pays détenant des ressortissants iraniens condamnés, en attente de procès, ou menacés d’extradition vers les États-Unis.