Afghanistan: Sur le départ, les Etats-Unis tentent de sauver la paix

DIPLOMATIE Alors que le retrait total des forces américaines doit se faire d’ici mi-2021, un attentat mardi contre une maternité a tué 24 personnes dont des nouveau-nés

20 Minutes avec AFP

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Des militaires patrouillent à Kaboul après une attaque contre une maternité le 12 mai 2020.
Des militaires patrouillent à Kaboul après une attaque contre une maternité le 12 mai 2020. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Les mots de l’émissaire américain, Zalmay Khalilzad, sont clairs : « Il n’y a pas d’alternative ». Les Etats-Unis vont donc bien retirer leurs troupes d’Afghanistan après près de 19 années de guerre. Mais avant de partir, Washington a pour volonté de sauver les processus de paix malgré une nouvelle vague de violences.

Les talibans et le gouvernement ne discutent pas

Après avoir passé plus d’un an à négocier l’accord historique signé le 29 février par Washington et les talibans, Zalmay Khalilzad a donc repris sa navette entre Kaboul et Doha pour faire pression sur le gouvernement afghan et les talibans. Objectif : remettre sur les rails tout un effort qui menace chaque jour un peu plus de s’effondrer.

L’accord a ouvert la voie à un retrait total des forces américaines d’Afghanistan d’ici mi-2021. Mais les négociations de paix directes sans précédent entre les rebelles et le gouvernement de Kaboul, censées débuter il y a plus de deux mois, sont restées lettre morte. Et le président Ashraf Ghani vient d’annoncer la reprise des offensives contre les talibans. Il faut dire que les violences ont aussi repris : mardi une attaque contre une maternité de la capitale, a tué 24 personnes dont des nouveau-nés. Pour ne pas ruiner les efforts de ces derniers mois, les Etats-Unis ont rapidement pris soin de dédouaner les talibans, accusant le groupe djihadiste Etat islamique (EI) d’être à l’origine de cet acte « épouvantable ».

Ne pas acter l’échec de l’effort de paix

Mais, « la stratégie américaine ne prend pas en compte la colère de l’opinion afghane, ni celle du gouvernement afghan, face à cette poussée de violence particulièrement horrible même dans un Afghanistan pourtant habitué aux horreurs », analyse Michael Kugelman, du cercle de réflexion Woodrow Wilson International Center for Scholars. On sent en effet chez les Américains une volonté de ne pas acter l’échec de leur effort de paix inédit.

Zalmay Khalilzad a ainsi assuré vendredi que les insurgés respectaient bien leur part du contrat conditionnant le retrait américain, en tout cas « la lettre » de l’accord du 29 février. Ils ne s’en prennent pas aux forces américaines et s’abstiennent d’attaquer les principales villes, a-t-il relevé, soulignant qu’ils ne s’étaient pas encore engagés formellement à cesser toute offensive contre les forces afghanes. En revanche, il a reconnu que le niveau élevé de violence n’était pas conforme à « l’esprit » des engagements, comme en a encore témoigné jeudi une attaque « très négative » contre l’armée afghane revendiquée par les talibans dans l’est du pays.

L’antiterrorisme : une condition clé

« La condition clé, pour les Etats-Unis, c’est que les talibans tiennent leur engagement sur l’antiterrorisme », en contrant des groupes comme Al-Qaida ou l’EI, a fait valoir le diplomate. Le démarrage de négociations interafghanes ne semble donc pas être une condition absolue à la poursuite du désengagement américain.

A Washington, malgré l’approche de la présidentielle de novembre, la volonté de Donald Trump de mettre fin à cette « guerre sans fin » est assez consensuelle. Seule une poignée de néoconservateurs continuent de critiquer des concessions jugées trop généreuses aux talibans.