Coronavirus: Deuxième départ en un mois d’un ministre de la Santé au Brésil

DEMISSION Depuis sa nomination le 17 avril, Nelson Teich a dû difficilement composer avec les idées du président Jair Bolsonaro sur le confinement et le traitement à la chloroquine

20 Minutes avec AFP

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Le ministre brésilien démissionnaire de la santé Nelson Teich, à Brasília le 15 mai 2020.
Le ministre brésilien démissionnaire de la santé Nelson Teich, à Brasília le 15 mai 2020. — Eraldo Peres/AP/SIPA

La crise politique continue au Brésil et une nouvelle fois elle a pour épicentre le ministère de la Santé. Nelson Teich, détenteur de ce portefeuille ministériel depuis seulement quatre semaines, a démissionné vendredi en raison de désaccords avec le président Jair Bolsonaro. La nouvelle est un coup dur pour le chef de l’Etat, au moment où le pays aborde la phase aiguë de l’épidémie de coronavirus.

La chloroquine au cœur des divergences

Surtout, c’est loin d’être une première : le prédécesseur de Nelson Teich avait été limogé par Jair Bolsonaro, déjà pour des divergences sur la lutte contre le Covid-19. Si cette fois le ministre de la santé n’a pas voulu préciser les raisons de son départ, des sources de son ministère ont indiqué que cet oncologue de 62 ans a démissionné pour « des divergences de vues », sur le traitement à la chloroquine. Le président Bolsonaro a fait pression sur son ministre pour que ce médicament, réservé jusqu’ici aux cas graves de Covid-19, soit utilisé dès le début du traitement.

« Celui qui succédera à Teich devra probablement adhérer au penchant du président pour la chloroquine », a logiquement estimé Filipe Gruppelli Carvalho. L’analyste d’Eurasia Group souligne également les « dysfonctionnements » au sein d’un ministère de la Santé lourdement bureaucratique censé organiser la coordination avec des Etats en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Mais la chloroquine a été « la goutte d’eau » qui a fait déborder le vase. La voie était étroite en effet, voire impraticable, pour le ministre de la Santé, face à un président qui a longtemps dénoncé « l’hystérie » contre le coronavirus, cette « petite grippe », et appelle la population à reprendre le travail.

La musculation une activité essentielle

Pourtant à son arrivée au ministère, Nelson Teich avait affirmé son « alignement total » avec Jair Bolsonaro. Mais depuis sa nomination le 17 avril, il a dû revoir son enthousiasme. Le ministre a notamment subi des camouflets, comme la publication, sans qu’il en ait été informé, par le président Bolsonaro d’un décret la semaine dernière incluant dans « les activités essentielles » devant rester ouvertes les salons de coiffure et de beauté ainsi que les salles de musculation.

Le départ de Nelson Teich « va renforcer l’idée parmi la population que le président gère mal la pandémie », selon l’analyste d’Eurasia Group. Le choix du prochain ministre de la santé va donc être une décision particulièrement importante pour Jair Bolsonaro. Politiquement il ne peut en effet plus se permettre de voir se réaliser le dicton : Jamais deux sans trois.