L'administration Obama à la loupe

USA 2008 Qui sont ses membres, ce qui les attend... 20minutes.fr fait le point...

Philippe Berry, à Los Angeles

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Dans l'ordre: Hillary Clinton, Robert Gates, Timothy Geithner, Eric Holder, Janet Napolitano et Susan Rice.
Dans l'ordre: Hillary Clinton, Robert Gates, Timothy Geithner, Eric Holder, Janet Napolitano et Susan Rice. — Montage/DR

Au boulot! Si Obama ne prendra ses fonctions que le 20 janvier, son administration, elle, prend forme. Pour faire face à la liste impressionnante des challenges qui l’attend, Obama a avant tout misé sur l’expérience. Et comme Lincoln avant lui, a choisi d’anciens adversaires pour occuper des postes importants. Revue de détails.

 
 

Hillary Clinton, secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères)

Qui est-elle: A 61 ans, l’ancienne first-lady va donc quitter son poste de sénateur de New York pour succéder à Condi Rice. Oubliée l’amertume de sa défaite face à Obama lors de primaires démocrates au couteau, elle a «répondu à l’appel pour servir son pays», explique Bill.

Sa mission: «réparer tout le mal que l’administration Bush a fait à nos relations diplomatiques», analyse pour 20minutes.fr, Samuel Popkin, professeur de sciences politiques. Dans le détail, elle devra renouer le dialogue direct avec Téhéran, promis par Obama et faire (enfin) avancer le processus de paix israélo-palestinien.

Point fort, point faible: son expérience de la scène internationale. Comme First lady, elle a visité plus de 80 pays, rencontré les leaders du monde entier. En revanche, l’inconnue s’appelle Bill Clinton. L’ancien président acceptera-t-il de marcher au pas fixé par Obama? Certains en doutent.

 
 

Robert Gates, secrétaire à la Défense (en charge des armées)

Qui est-il: A 65 ans, cet ancien directeur de la CIA, est l’actuel secrétaire à la Défense. Proche des républicains et de la famille Bush, il a succédé à ce poste à Donald Rumsfeld. Il traîne quelques casseroles de l’affaire Iran-Contra.

Sa mission: réaliser le retrait d’Irak promis par Obama et se concentrer sur le front afghan.

Point fort, point faible: le choix de Gates permet à Obama de tenir sa parole sur l’ouverture. Robert Gates est immensément respecté, aussi bien par les démocrates que les républicains. En revanche, il fut l’un principal artisan de l’opération «surge», le renfort des troupes en Irak. Si à peu près tout le monde reconnaît son succès et celui du général Petraeus, certains craignent que le retrait des troupes ne soit pas aussi rapide qu’annoncé.

 
 

Timothy Geithner, secrétaire au Trésor (ministre de l’Economie)

Qui est-il: A «seulement» 47 ans, il a déjà un CV long comme la muraille de Chine et a servi à divers postes au Trésor sous trois présidents. Depuis 2003, il était à la tête de la Réserve fédérale de New York.

Sa mission (impossible): sauver l’économie américaine. En pleine crise financière mondiale, il va devoir terminer le sauvetage de Wall Street, s’occuper d’une industrie automobile au bord de la faillite, et convaincre le Congrès d’adopter un coûteux plan de relance. Le tout sans trop creuser les déficits.

Point fort, point faible: brillant et bosseur, il est très apprécié par Wall Street, sans en être un complet insider. Mais la difficulté de la tâche devrait lui causer quelques nuits blanches.

 
 
Eric Holder, attorney general (ministre de la Justice)

Qui est-il: une fois confirmé par le Sénat, il deviendra le premier ministre noir de la Justice des Etats-Unis. A 57 ans, il succèdera à Michael B. Mukasey, figure très controversée de l’administration Bush, notamment pour son refus de prendre position sur la légalité de l’interrogatoire par water-boarding, qui simule une noyade.

Sa mission: redorer le blason du département de la Justice. Outre le contesté Mukasey, son prédécesseur, Alberto Gonzales, avait dû démissionner, sur fond de parjure devant le Congrès.

Point fort, point faible: une solide réputation de chevalier anti-corruption lors de sa carrière de procureur. En revanche, il faisait lui aussi partie de l’administration Clinton. De quoi donner des munitions à ceux estimant qu’Obama essaie de faire du neuf avec du vieux.

 
 

Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité intérieure

Qui est-elle: l’actuelle gouverneure de l’Arizona (Etat pourtant traditionnellement républicain, dont John McCain est sénateur) est une proche d’Obama. A 51 ans, c’est une juriste de formation.

Sa mission: prendre la tête d’un poste sensible créé après le 11-septembre.

Point fort, point faible: elle apporte un peu de sang neuf à l’administration Obama, et son expérience des questions d’immigration devrait lui servir à plein.

 
 

Susan Rice, ambassadeur à l’ONU

Qui est-elle: Pas de lien avec Condoleezza, hormis le fait que ce sont deux femmes afro-américaines sorties de Stanford et spécialistes des questions de diplomatie. Susan n’est d’ailleurs pas fan de Condi: «Je ne choisis pas mes modèles selon leurs origines et leur sexe», confiait-elle au New York Sun, citant plutôt Madeleine Albright and Colin Powell comme influence.

Sa mission: représenter Washington auprès des Nations-Unies et réparer les liens avec les alliés des Etats-Unis.

Point fort, point faible: Proche conseillère d’Obama pendant la campagne sur les questions de politique étrangère, elle devrait être sur la même longueur d’onde que le futur président. Et sûrement mettre un terme à la politique de «la chaise vide» lorsqu’Ahmadinejad s’exprime à la tribune.

 
 

Enfin, Bill Richardson, candidat malheureux à la présidentielle, a été nommé secrétaire au commerce. Un lot de consolation pour celui qui espérait bien voir son ralliement à Obama (au détriment d’Hillary Clinton) récompensé par le poste de secrétaire d’Etat. Un choix qui fait des déçus chez les latinos.