Brésil: L'ex-ministre de la justice interrogé pendant huit heures après ses accusations contre Bolsonaro

ENQUÊTE Sergio Moro a été interrogé pendant plus de huit heures samedi au sujet de graves accusations contre le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui tentait selon lui d'interférer dans des enquêtes policières.

20 Minutes avec AFP

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Le ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, le 24 avril 2020.
Le ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, le 24 avril 2020. — Eraldo Peres/AP/SIPA

L'ex-ministre de la Justice du Brésil Sergio Moro a été interrogé pendant plus de huit heures samedi au sujet de graves accusations contre l e président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui tentait selon lui d'interférer dans des enquêtes policières.

Ancien juge anticorruption très populaire au Brésil, Sergio Moro est arrivé au siège de la Police fédérale de Curitiba (Sud) peu avant 14h (17h GMT) et n'en est sorti que tard dans la nuit.

Des échanges de messages et courriels au coeur de l’enquête

Peu avant son arrivée, plusieurs dizaines manifestants pro-Bolsonaro ou pro-Moro se sont rassemblées devant l'entrée et la police a dû séparer les deux camps.

Le contenu de la déposition n'a pas été dévoilé, mais le quotidien Estado de S. Paulo a indiqué sur son site que l'ex-ministre avait montré des échanges de messages et de courriels avec le chef de l'Etat. Le contenu de ces messages n'a pas été révélé.

Auparavant considéré comme un atout maître du gouvernement Bolsonaro, Sergio Moro a démissionné avec fracas le 24 avril, après le limogeage d'un de ses plus proches collaborateurs, le chef de la Police fédérale, Mauricio Valeixo.

Un changement polémique à la tête de la police fédérale

«Le changement à la tête de la Police fédérale sans cause réelle est une ingérence politique qui entame ma crédibilité et celle du gouvernement», avait-il lancé en conférence de presse le jour de sa démission.

«Le président m'a dit qu'il voulait nommer une personne avec qui il aurait un contact personnel, qu'il pourrait appeler pour obtenir des informations sur les enquêtes», avait-il ajouté, des accusations que Bolsonaro juge «infondées». Plusieurs enquêtes de la police fédérale visent des proches du président, notamment ses fils.

Ces révélations explosives ont poussé le procureur général à réclamer l'ouverture d'une enquête, autorisée dans la foulée par la Cour suprême qui avait ordonné que Sergio Moro soit interrogé sous 60 jours, un délai réduit à cinq jours par la suite.

Sergio Moro assure avoir des preuves de ses accusations

Cette enquête pourrait ouvrir la voie soit à une procédure de destitution contre Jair Bolsonaro, soit à des poursuites pour dénonciation de délit imaginaire contre Sergio Moro. Samedi matin, le chef de l'Etat a traité son ex-ministre de «Judas» sur Twitter.

Dans un entretien publié vendredi dans l'hebdomadaire Veja, Sergio Moro a déclaré qu'il présenterait des preuves de ses accusations lors de son interrogatoire.

Il a également affirmé que la lutte contre la corruption n'était «pas la priorité» du gouvernement. Jair Bolsonaro s'est pourtant fait élire en octobre 2018 en promettant un combat sans merci contre la corruption et la criminalité.