Coronavirus : La Polynésie reprend le travail et le chemin des plages après cinq semaines de confinement

DECONFINEMENT Mercredi, c'était jour officiel « d'allègement du confinement »

20 Minutes avec AFP

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L'île de Moorea, en Polynésie française (illustration).
L'île de Moorea, en Polynésie française (illustration). — Daniel Julie/Wikipedia Commons

En temps normal, Hinareva Deane et Hinatea Bechennec seraient en train de préparer leur bac. Mais avec l'épreuve annulée à cause du coronavirus, les deux lycéennes peuvent se prélasser en maillot de bain sur la plage Lafayette, au nord de Tahiti, où le déconfinement a commencé.

« Le contrôle continu, ça nous arrange en fait ! », s'amuse Hinareva, bonne élève assurée d'avoir son bac grâce à ses notes du premier semestre.

Plages et spots de surf étaient bondés mercredi, jour officiel « d'allègement du confinement » décidé par le haut-commissaire de Polynésie, bien avant la métropole. Mais plusieurs mesures subsistent, comme la suspension des rotations aériennes, les gestes barrières, ou encore la fermeture des établissements scolaires, au moins jusqu'au 18 mai.

La Polynésie ne recense à ce jour que 58 personnes touchées par le coronavirus. Tahiti, l'île la plus peuplée, et Moorea, l'île voisine, qui ont concentré la majorité des cas, ont été les dernières de l'archipel à entamer cet « allègement », les autres îles ayant commencé depuis le 20 avril.

Presque tous les commerces ont rouvert. Les restaurants, fermés depuis le 20 mars, ont accueilli du monde. Mais pas autant que les fast-food. Au centre-ville de Papeete, le drive-in du McDonald's a dû proposer un parcours spécial dans les rues pour éviter de paralyser la circulation.

« Ca a trop manqué à mon mari et à ma fille, alors on va beaucoup commander », assure Heimiti Tarahu, une cliente qui patiente au volant. Cet engouement a provoqué la colère de quelques militants qui ont manifesté devant les automobilistes, pancartes anti-malbouffe en mains. « On a un taux d'obésité et de diabète hallucinants, ça devrait être interdit, on a prouvé avec l'alcool qu'on pouvait le faire  !», s'indigne Moea Pereyre, l'une des manifestantes.

L'alcool a été interdit plusieurs semaines pendant le confinement et sa vente est toujours restreinte en Polynésie.

Distance de « six cocos »

Un peu plus loin, un couple tente d'ajuster un masque en tissu bariolé sur le visage d'un jeune enfant. Un médecin vient de les distribuer à cette famille de pêcheurs originaire de Takaroa, un atoll des Tuamotu.

« Je suis venue accoucher de mon troisième enfant avant le confinement, on n'a pas pu repartir », regrette Cindy Tufariua. Le couple a dû louer un appartement en catastrophe, et attend la réouverture des vols inter-îles.

Faute de masques chirurgicaux en nombre suffisant, la population est invitée à les fabriquer en tissu, ou à les acheter aux artisans au prix de 500 francs Pacifique (un peu plus de 4 euros). Beaucoup en portent déjà, le nec plus ultra étant de le confectionner dans le même tissu que sa chemise ou sa robe.

Habitués à se faire la bise, les Tahitiens apprennent aussi à renoncer à cette coutume. Les autorités locales ont adapté les consignes de distanciation sociale à la sauce polynésienne: le ministère du Tourisme préconise un espace de «six cocos» entre deux personnes, tandis que le Conseil économique recommande de les espacer de « douze tupa » (crabes, en tahitien).

Satisfait de la réouverture des commerces, le président de la CPME, Christophe Plée, déplore en revanche que la moitié des demandes des entreprises pour obtenir une aide du fonds de solidarité ait été rejetée pour des erreurs de forme. « C'est 180.000 francs (1.500 euros) pour mars mais aussi pour avril, donc il faut absolument que les patentés et les chefs d'entreprises aillent chercher ces fonds qui sont à disposition pour aider ceux qui ont beaucoup perdu », a-t-il déclaré.

Le confinement et l'arrêt total du tourisme, principale ressource de la collectivité, ont fragilisé toute l'économie locale.

Les autorités gardent bon espoir d'avoir maîtrisé l'épidémie, mais se donnent jusqu'au 13 mai pour annoncer de nouvelles mesures de déconfinement. Pour l'instant, les rassemblements publics restent interdits, tout comme les déplacements d'une île à l'autre, sauf entre Tahiti et Moorea. Et les discothèques, les cinémas et les salles de sports restent fermés.