Coronavirus : Trump jure qu’il ne parlera plus… puis reprend la parole et esquive la polémique sur les « injections »

ETATS-UNIS Le président américain peine à reprendre le contrôle de sa communication sur le coronavirus, quatre jours après son raté en direct

P.B. avec AFP
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Donald Trump fait le point sur le coronavirus depuis les jardins de la Maison Blanche, le 27 avril 2020.
Donald Trump fait le point sur le coronavirus depuis les jardins de la Maison Blanche, le 27 avril 2020. — Alex Brandon/AP/SIPA

Vendredi, il quitte le podium sans répondre aux questions. Samedi, il assure que les conférences de presse face à des médias « malhonnêtes » sont une perte de temps. Lundi matin, la Maison Blanche annonce que le briefing du jour est annulé. Lundi après-midi, il se présente derrière le micro et tente de tourner la page après ses spéculations de jeudi dernier sur de possibles traitements du Covid-19 à coups d’UV ou « d’injections » de désinfectant.

Ce qui est sûr, c’est qu’à six mois de l’élection présidentielle, Donald Trump envoie des signaux confus sur le positionnement qu’il entend adopter dans la gestion de la pandémie de coronavirus qui a fait plus de 55.000 morts aux Etats-Unis. Et son équipe de communication, remaniée en avril, peine à s’adapter à ses messages changeants.

Une conférence annulée puis rétablie

Lundi, le mini-feuilleton de ses apparitions face aux correspondants de la Maison Blanche a tenu Washington en haleine. Dans la matinée, l’exécutif américain annonce un point de presse de la cellule de crise, dont le président est toujours le personnage central, puis annule ce rendez-vous. Au même moment, Donald Trump tweete, tout en majuscules : « Les Fake News, ennemi du peuple ! »

Deux heures plus tard, Donald Trump est de retour au programme.



Pour son retour, il a opté, depuis les jardins de la Maison Blanche, pour un ton plutôt apaisé, louant de « très bon échanges » avec les gouverneurs et se tenant à l’écart d’échanges trop vifs avec les journalistes. Lors de la séance de question, un correspondant l’interpelle pourtant sur la hausse des appels aux centres anti-poison dans le Maryland après la conférence de jeudi sur les désinfectants. Trump esquive : « Je n’ai aucune idée (de la raison) ». Endosse-t-il sa part de responsabilité ? « Non, je ne vois pas pourquoi » répond sèchement le commandant-en-chef des Etats-Unis. Avant de passer à l’interlocuteur suivant.



Nouvelle équipe à la communication

Ses atermoiements traduisent des tensions au sein de son équipe sur la meilleure stratégie à adopter face au coronavirus : faire monter le président en première ligne ou laisser parler le vice-président Mike Pence, au ton plus mesuré, et les spécialistes, les docteurs Anthony Fauci et Deborah Birx, tous les deux très populaires. Ils reflètent aussi le tempérament d’un président qui voit la politique comme un show permanent et a du mal – en témoignent ses rafales de tweets tout au long d’un week-end sans le moindre briefing à vivre éloigné de la lumière.

Les propos confus du locataire de la Maison Blanche évoquant la possibilité d’injecter du désinfectant dans le corps humain pour lutter contre le coronavirus ont laissé des traces. La séquence a suscité la stupéfaction – et des propos moqueurs – aux Etats-Unis et à travers le monde. Signe de la tergiversation actuelle, la Maison Blanche a d’abord assuré que les propos de Donald Trump avaient été « sortis de leur contexte ». Mais le président américain a offert une explication différente, assurant – sans vraiment convaincre – qu’il était « sarcastique ».

Avec un turnover sans précédent, la communication de la Maison Blanche peine à présenter un front uni. Dan Scavino, qui s’occupait des réseaux sociaux, a pris ses fonctions de dircom il y a seulement une semaine. Et la jeune Kayleigh McEnany, qui est la quatrième Press secretary en moins de quatre ans, a été nommée début avril.

« Gros travailleur »

Visiblement piqué au vif par les critiques, le président de la première puissance mondiale a laissé entrevoir un changement radical sur ses briefings. « A quoi sert de participer à des conférences de presse à la Maison Blanche quand les médias malhonnêtes ne font que poser des questions hostiles et refusent de relater la vérité ou les faits de manière exacte », s’est-il emporté ce week-end. « Ils font des audiences record et les Américains n’en retirent rien si ce n’est des Fake News. Perte de temps et d’énergie ! », a-t-il tweeté.

Reclus dans la Maison Blanche, privé de meetings de campagne, il a, au cours des 48 heures qui ont suivi, multiplié les attaques contre les médias. « Il n’y a jamais eu, dans l’histoire de notre pays, de médias aussi méchants et hostiles que ceux que nous avons aujourd’hui, même au milieu d’un état d’urgence nationale pour faire face à l’ennemi invisible ! », a-t-il encore écrit.

Le New York Times publie un article affirmant qu’il ne rejoint en général le Bureau ovale qu’en milieu de journée après une longue matinée passée devant la télévision ? Il réagit avec véhémence pour défendre son style et son bilan. « Les gens qui me connaissent et qui connaissent l’histoire de notre pays disent que je suis le président le plus travailleur de l’histoire », lâche-t-il dans un tweet rageur. « Je ne sais pas si c’est le cas mais je suis un gros travailleur et j’ai probablement fait plus en trois ans et demi que n’importe quel président dans l’histoire ».