Le dur combat des séropositifs chinois pour l'accès aux soins

A Pékin, Hélène Duvigneau - ©2008 20 minutes

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Enfoncé dans un lit métallique, Sun Guo, 29 ans, a le visage pâle et le sourire timide. Contaminé par le VIH en 2005, il suit une trithérapie à l'hôpital You'an de Pékin. « Je sais que tout le monde n'a pas la chance de continuer comme moi à mener une vie normale », confie-t-il. Mais en se remémorant son parcours du combattant pour être pris en charge, le jeune homme cache mal son amertume : l'hôpital qui devait l'accueillir lui a fermé ses portes sans raison.

En Chine, « la maladie du désordre amoureux », selon Cyrille Javary, spécialiste de la société chinoise, conserve ses stigmates. Le pays compterait 700 000 séropositifs (selon l'Unaids), dont 85 000 en phase terminale. Rapportée au 1,4 milliard de Chinois, l'incidence est faible, avec un taux de prévalence de 0,05 %. « On est passé à 50 000 nouveaux cas de VIH en 2007, contre 70 000 en 2005, mais cette tendance reste à confirmer », note Connie Osborne, du bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Pékin.

A son apparition en 1985, le sida était considéré par les autorités comme un problème limité, lié à une sexualité anormale héritée de l'Occident. Autant dire que le chemin fut long jusqu'à la première grande campagne de promotion du préservatif en... 2007. Il aura fallu attendre 2003, année de sa gestion catastrophique du Sras, pour que la Chine déclare vraiment la guerre à la maladie. Depuis cette date, l'accès gratuit aux traitements de première ligne a permis de soigner 32 000 malades. Mais pour Alexandre Pinon, représentant de MSF à Pékin, cette gratuité n'est pas totale « dans la mesure où les patients doivent souvent payer pour des tests cliniques associés ». Surtout, selon l'OMS, seuls 19 % des malades ont accès aux soins.

Entre 30 et 50 millions de Chinois sont potentiellement exposés à la maladie, qui s'étend peu à peu au-delà des populations à risques. En 2007, la contamination par voie sexuelle (56,9 %) a dépassé pour la première fois l'usage de drogue (42 %) comme principale cause de nouvelles transmissions.

Le dépistage reste un point faible. Gratuit pour le premier test, il est de 50 euros pour le test de confirmation (un demi-mois de salaire) et uniquement réalisable dans des structures d'Etat. « Comment voulez-vous que des populations qui vivent en dehors du système légal se fassent dépister par des représentants de la loi ? », interroge Alexandre Pinon. Résultat, 60 % des séropositifs estimés dans le pays n'ont pas été dépistés. Autre problème, celui des 200 millions de travailleurs migrants. Population particulièrement exposée, elle représente un enjeu crucial de la lutte contre le sida en Chine.