Une vidéo de 1993 semble renforcer le témoignage d’une accusatrice de Joe Biden

ETATS-UNIS Tara Reade affirme avoir été agressée sexuellement lorsque Joe Biden était sénateur il y a 27 ans, ce que le candidat dément

Philippe Berry

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Joe Biden en 1995, alors sénateur du Delaware.
Joe Biden en 1995, alors sénateur du Delaware. — David AKE / AFP

Y a-t-il « deux poids, deux mesures » entre les accusations visant Donald Trump et celles contre Joe Biden ? Le mois dernier, une Américaine de 56 ans, Tara Reade, a accusé le candidat démocrate de l’avoir agressée sexuellement quand il était sénateur en 1993. L’équipe de Biden a démenti, et face à des doutes, notamment à cause d’un témoignage qui a changé entre 2019 et 2020, les grands médias américains ont peu couvert l’affaire. Mais vendredi, une vidéo de 1993 a refait surface et semble corroborer une partie du témoignage de Tara Reade : qu’elle s’était confiée à sa mère à l’époque. De quoi mettre la pression sur Joe Biden.

Tout remonte à avril 2019. Quelques semaines avant que Joe Biden ne se lance officiellement dans la primaire démocrate, sept femmes l’accusent d’avoir eu des gestes déplacés à leur égard, les embrassant sur le front – ou même la bouche – ou leur sentant les cheveux. L’une de ces femmes est Tara Reade. Elle affirme notamment que le sénateur Joe Biden l’a « prise par les épaules » à plusieurs reprises et lui a « caressé le cou » avec son doigt. A cette époque, elle dit également avoir été rétrogradée après avoir refusé de jouer les serveuses.

Joe Biden, lui, finit par défendre pour ce qu’il qualifie de démonstrations « d’affection » et assure n’avoir « jamais pensé avoir agi de manière inappropriée ». Alors que la polémique ne retombe pas, Biden s’explique en vidéo. Il estime que « les normes de la société sur l’espace vital de chacun ont changé » et promet « d’y faire beaucoup plus attention ».

Un récit qui a changé en un an

Ce n’est qu'en mars dernier que Tara Reade apporte des précisions et dit avoir été agressée sexuellement par Joe Biden. Dans un podcast présenté par Katie Halper, une personnalité conservatrice, elle raconte s’être trouvée seule avec lui : « Il m’a poussée contre le mur puis a mis sa main sous ma jupe et m’a pénétré avec ses doigts », affirme-t-elle.

Le timing de son annonce – alors que Joe Biden est en train de prendre une avance quasi-décisive dans la primaire – soulève des questions légitimes : Reade, une militante démocrate, soutenait d’abord Marianne Williamson mais a voté pour Bernie Sanders en Californie. Les médias conservateurs se saisissent de l’affaire et réclament que ces accusations soient examinées avec la même minutie que celles contre Donald Trump ou le juge Brett Kavanaugh. Figure des mouvements #MeToo et #TimesUp, Alyssa Milano essuie des critiques en défendant Joe Biden alors qu’elle a toujours prôné la philosophie de « croire les femmes ».

Une vidéo du témoignage de sa mère émerge

Mi-avril, le New York Times publie son enquête. Tara Reade ne se souvient plus du lieu et de la date exacte des faits présumés mais ce n’est pas inhabituel – c’était également le cas pour les accusations de Christine Blasey Ford contre Brett Kavanaugh. D’un côté, deux amies affirment que Reade s’est confiée à elles en 1993 et en 2008. Reade affirme également avoir tout raconté à sa mère à l’époque mais cette dernière est décédée. De l’autre, une responsable du cabinet de Joe Biden dément que la jeune femme soit venue la voir et le Times ne trouve aucune trace de sa plainte au Sénat. Contactées par le journal, les autres accusatrices du candidat ne signalent aucune agression sexuelle. Le quotidien conclut donc qu’il n’y a pas de preuve d’une éconduite sexuelle récurrente de Joe Biden.

On arrive à vendredi. Le site The Intercept affirme que la mère de Tara Reade a appelé l’émission de Larry King sur CNN en août 1993 et a signalé un incident dont aurait été victime sa fille avec un sénateur. Dans la foulée, la vidéo refait surface et Tara Reade confirme qu’il s’agit bien de la voix de sa mère.

« Je me demande, de quel recours dispose un employé parlementaire à Washington, à part contacter les médias ? Ma fille a quitté son poste là-bas, et après avoir travaillé pour un sénateur très connu, elle a choisi de ne pas parler aux médias par respect pour lui », dit la téléspectatrice. « Elle a une histoire à raconter, mais elle s’est tue par respect pour son employeur ? », demande Larry King. « C’est ça », répond-elle.

Le 11 août 1993 correspond bien à la période à laquelle Tara Reade a quitté son poste. Et si sa mère ne donne pas de détails prouvant que sa fille lui a signalé une agression sexuelle, Joe Biden ne devrait pas pouvoir resterbien longtemps muré dans son silence.