Coronavirus : «Restez chez vous, que diable», le cri du coeur d'un élu canadien devient viral

MESSAGE EFFICACE Exaspéré par les gens qui continuent d'ignorer les mesures de santé publique , le Premier ministre libéral de la Nouvelle Ecosse, Stephen McNeil a lâché au début du mois cette petite phrase, à la télé. Depuis, elle s’affiche partout

20 Minutes avec AFP

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Stephen McNeil, le Premier ministre libéral de la Nouvelle Ecosse, province canadienne.
Stephen McNeil, le Premier ministre libéral de la Nouvelle Ecosse, province canadienne. — Handout / Communications Nova Scotia / AFP

«Restez chez vous, que diable»: la formule familière lancée par le Premier ministre de la province de Nouvelle-Ecosse pour inciter ses concitoyens à lutter contre le coronavirus a fait florès au Canada, où elle a inspiré rockeurs, brasseurs et fabricants de vêtements.

Exaspéré par les gens qui continuent d'ignorer les mesures de santé publique en se réunissant sur les plages ou dans des soirées, le Premier ministre libéral Stephen McNeil a lâché au début du mois cette petite phrase, lors d'une intervention télévisée: «stay the blazes home».

Sur les t-shirts, les maillots, les mugs...

Le mot «blazes», qui vise à signifier la colère ou l'énervement, est un euphémisme local évoquant «l'enfer», sans aller jusqu'au juron.

La formule a fait le buzz, au point de se retrouver rapidement sur des t-shirts, des maillots, des mugs. Elle a également inspiré une chanson rock au groupe local The Stanfields.

«Restez chez vous, que diable. Pensez au bien commun (...). Si vous voulez aller en ville, rappelez-vous qu'il y a un méchant virus qui rôde», chantent ces derniers.

La formule a également inspiré un brasseur de la capitale Halifax qui a rebaptisé une bière blonde «Stay the blazes home». La boisson se veut «rafraîchissante et sans filtre».

Des entreprises locales ont vendu des milliers de t-shirts et autres vêtements floqués du message, puis réinjecté les sommes perçues dans des banques alimentaires, des centres pour sans-abri ainsi que dans un fonds de secours lié au Covid-19.

« Après tout, on a tous besoin d'un peu d'humour maintenant »

Chaussettes, sweats à capuche, sous-vêtements arborant le visage de Stephen McNeil et de sa petite phrase font également partie des meilleures ventes.

«Les gens s'amusent avec cette phrase, et je pense qu'il est acceptable de faire un trait d'humour avec ces mots. Après tout, on a tous besoin d'un peu d'humour maintenant», a déclaré Stephen McNeil. «Néanmoins, il est important que les gens comprennent et écoutent le message derrière les mots».

Le dirigeant libéral de 55 ans a reconnu avoir utilisé cette formule pour attirer l'attention et faire réfléchir à la nécessité de respecter la distanciation sociale face au virus.

Un message qu'il martèle à chaque point-presse quotidien, critiquant les «égoïstes et les imprudents» qui participent encore à des fêtes malgré les consignes de confinement.

Un message qui marche ?

La Nouvelle-Ecosse a été la dernière des 10 provinces canadiennes à connaître son premier cas de coronavirus. Jeudi, elle comptait moins de 600 cas, et trois morts.

De récentes images filmées par la chaîne publique CBC, montrant des rues de Halifax étrangement désertes, semblent indiquer que le message de Stephen McNeil commence à porter ses fruits.

«Ca marche», constate Ed McHugh, professeur de commerce à l'université Dalhousie à Halifax. «Tout le monde a entendu le message et les gens suivent maintenant le conseil du Premier ministre», estime-t-il lors d'un entretien à l'AFP.

«Ca marche bien mieux que les messages strictement scientifiques qu'on a entendus chaque jour depuis cinq semaines», poursuit l'enseignant. «Ce que le Premier ministre a fait était authentique, il a émergé du brouhaha et a créé une formule qui reste en tête».

«Il ne montre pas souvent un grand sens de l'humour», conclut-il. «Alors ce jour-là les gens se sont dit +tiens, il est humain+, et le message est passé».