«L'Etat indien est incapable de faire face à une menace terroriste décuplée»

INTERVIEW Olivier Guillard, spécialiste de l'Asie à l'Iris, revient sur les attaques perpétrées à Bombay mercredi soir...

Propos recueillis par Catherine Fournier
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Une centaine de personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessées à Bombay dans des fusillades et explosions en série menées mercredi soir par des hommes armés de fusils d'assaut et de grenades.
Une centaine de personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessées à Bombay dans des fusillades et explosions en série menées mercredi soir par des hommes armés de fusils d'assaut et de grenades. — Indranil Mukherjee AFP

Olivier Guillard, spécialiste de l'Asie à l'Institut des relations internationales et stratégiques, revient sur les attaques perpétrées à Bombay mercredi soir...

Qui sont les Moujahidine du Deccan, qui ont revendiqué la série d'attaques et d'attentats?

Il s'agit d'une déclinaison des Moudjahidine indiens, un mouvement d'obédience musulmane radicale indienne. C'est un mouvement spontané, jeune et très déterminé. C'est la première fois depuis la série d'attentats qui frappent l'Inde depuis trois ans que les auteurs passent à l'action devant les caméras, armes à la main. Ils veulent afficher le sérieux de leurs revendications.

Quelles sont ces revendications?

Elles sont à la fois locales et internationales. L'Inde est le quatrième pays musulman au monde avec 150 millions de personnes issues de cette confession. Or, cette forte minorité est peu favorisée dans son accès l'éducation et à cette Inde qui prospère. Les tensions avec la communauté hindoue, présentes depuis la création de l'Inde et du Pakistan à la moitié du 20e siècle, sont ravivées à l'approche des élections législatives. Le parti ultra-nationaliste hindou BJP, principal parti d'opposition, est en passe de se retrouver de nouveau à la tête de la coalition gouvernementale. Ce qui sera pas pour apaiser les relations entre hindoues et musulmans.

Mais les attaques ont surtout visé des occidentaux...

C'est justement l'autre dimension des revendications, qui s'inscrivent dans une radicalisation islamiste plus large. Le Bangladesh, le Pakistan et l'Afghanistan sont tout près et il y a sûrement un transfert de compétences et d'organisation mais aussi d'idéologie, avec notamment la présence américaine en Afghanistan. Mais le fait de viser des occidentaux est aussi une façon de donner une dimension spectaculaire à ces attaques. Depuis ce matin, on ne voit défiler que des images de l'hôtel Taj Mahal enflammé, aucune de la gare ou des hôpitaux également touchés. Attaquer ce symbole de «l'Inde qui brille», où la communauté internationale est très présente, c'est le gage d'une couverture médiatique importante.

Que vont faire les autorités indiennes après ces attentats?

Pas grand-chose. C'est en Inde que les groupuscules terroristes radicaux opèrent le mieux car l'Etat indien n'a pas encore la capacité de prévenir ce type d'actions. Il n'a pas les services de renseignements les plus performants du monde ni les services de police les plus équipés. C'est pour cela qu'on observe une recrudescence d'attentats depuis plusieurs mois, sans que l'Inde fasse quoi que ce soit. Elle n'a d'ailleurs fait aucun progrès sur le plan de la sécurité depuis l'assassinat de Gandhi par un ultranationaliste hindou en 1948, alors que la menace terroriste a décuplé.