Coronavirus : Confinés, les Russes trompent l’ennui en créant des versions vivantes de tableaux

PASSE-TEMPS Le groupe Facebook « Izoisoliatsia » comptait ce vendredi 350.000 abonnés en Russie

20 Minutes avec AFP

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Reproduction du tableau
Reproduction du tableau — Capture d'écran du groupe Facebook Izoisoliatsia

Des crevettes formant La Danse de Matisse ou des ailes de poulet devenant Les Trois Grâces de François Boucher… Pour tromper l’ennui, les internautes russes, confinés à cause du coronavirus, reproduisent avec les moyens du bord des tableaux de maîtres.

« La prolifération de notre projet est encore plus exponentielle que celle du virus », s’amuse Ekaterina Broudnaia-Tcheliadinova, 38 ans, fondatrice du groupe « Izoisoliatsia » (Confinement artistique) sur Facebook qui comptait vendredi 350.000 abonnés en Russie.

Chagall, Van Gogh, Matisse

Au départ, raconte cette employée du groupe Mail.ru, elle cherchait à distraire des amis en publiant fin mars une photo de son mari déguisé à la manière d’un célèbre autoportrait de Vincent Van Gogh. « C’était facile à faire avec un vieux chapeau de paille trouvé dans un placard et une teinture rousse rapide de sa barbe », raconte-t-elle. En réponse, elle a reçu une reconstitution élaborée des Amoureux dans le ciel de Marc Chagall. Un couple y « survolait », perché sur un tabouret, une ville construite en Lego.

« Et c’était parti ! », rit-elle. Depuis, Ekaterina a découvert l’existence d’autres groupes similaires reproduisant chez eux des œuvres classiques, en Russie et ailleurs. « On s’échange avec plaisir nos chefs-d’œuvre », dit-elle. Parmi eux La Danse d’Henri Matisse, recomposée par Natalie Chevtchenko avec des crevettes roses et cinq noix disposées sur un sac en plastique et une serviette éponge verte. L’œuvre a un succès fou, avec ses 40.000 « J’aime » depuis sa publication mardi.

Les retouches photo interdites

Les règles sont strictes : les logiciels de retouche photo sont interdits et on n’utilise que ce que l’on trouve chez soi. Après, c’est libre cours à l’imagination avec des résultats drôles, effrayants, stupéfiants voire même coquins, se jouant des interdits de Facebook sur la nudité. Le couple Monakhov a recréé trois tableaux dans leur appartement de Saint-Pétersbourg. Leur chef-d’œuvre : Fils Prodigue de Rembrandt. Sur leur copie, Rouben en père heureux serre dans ses bras sa femme Ioulia, agenouillée dos au spectateur, avec son talon gauche nu et sale qui ressort sous son peignoir éponge blanc.

Notre dossier sur le confinement

« La situation avec le confinement n’est pas facile, mais on espère toujours le meilleur, c’est pour ça qu’on a choisi ce sujet », explique Rouben Monakhov, 48 ans, lui-même peintre professionnel. La démographie des tableaux est elle très variée, avec même beaucoup de personnes de 60 ans et plus. Comme cette arrière-grand-mère de 88 ans qui prend la pose de L’Inconnue, œuvre du peintre russe du 19e siècle Ivan Kramskoï, dont les reproductions étaient omniprésentes dans les appartements soviétiques.