Coronavirus : La mafia vient en aide de manière intéressée aux plus pauvres en Italie

OPPORTUNISME Des organisations criminelles profitent de la catastrophe sanitaire pour aider les plus démunis afin de s’en attirer les bonnes grâces

20 Minutes avec AFP

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Des habitants confinés à Naples le 6 avril 2020.
Des habitants confinés à Naples le 6 avril 2020. — Salvatore Laporta / IPA/I/SIPA

La catastrophe sanitaire en Italie profite à la mafia. Selon le journaliste expert des organisations criminelles Roberto Saviano, la mafia distribue des produits alimentaires et contribue à l’octroi de prêts gratuits aux plus démunis pour s’en attirer les bonnes grâces.

Les entreprises en difficulté ciblées

Les groupes mafieux cherchent aussi à s’approprier des affaires en difficulté, ce pays espérant recevoir des financements européens pour faire face à la crise économique, a ajouté jeudi l’auteur du livre Gomorra sur la Camorra, la mafia napolitaine. « La mafia n’attend que ça, une crise » car les entreprises qui en seront victimes se retrouveront alors avec de nouveaux partenaires ayant des liens avec ces organisations criminelles, a poursuivi Roberto Saviano. « Vous devenez un partenaire, vous entrez dans les affaires », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas comme si quelqu’un venait avec un pistolet, ce sont leurs conseillers financiers qui à un certain moment » leur recommandent d’agir ainsi.

« Si l’Europe n’intervient pas bientôt, la multiplication de l’argent mafieux qui se trouve déjà en Allemagne, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique sera incontrôlée », a ajouté le journaliste.

L’aide financière de Bruxelles convoitée

Outre la fourniture de nourriture aux plus pauvres, à Naples, la grande ville du sud de l’Italie, les prêteurs sur gages ont annulé les intérêts de leurs dettes sur ordre de la Camorra. « Dans quel but ? Pour (obtenir) des services » en échange, raconte Roberto Saviano qui vit actuellement à New York et avait eu droit à une protection policière après la sortie de Gomorra en raison des menaces qu’il avait alors reçues. Cela pourrait être des suffrages aux élections ou pour être des prête-noms dans des contrats, a-t-il expliqué.

Le même jour, le journal allemand Die Welt a confirmé cette analyse. « En Italie, la mafia attend juste une nouvelle pluie d’argent de Bruxelles », a averti le journal mettant en garde contre l’octroi « sans limites » et « sans aucun contrôle » de fonds par l’Europe en liaison avec la crise provoquée par le Covid-19. Des commentaires aussitôt qualifiés par le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio de « honteux » et d'« inacceptables ».