Coronavirus : Le Conseil de sécurité de l’ONU en quête d’unité sur la gestion de la pandémie

PANDEMIE Le Conseil de sécurité se réunit pour la première fois ce jeudi, en visioconférence et à huis clos, pour aborder cette crise mondiale sans précédent

20 Minutes avec AFP

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Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU.
Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU. — AFP

Après des semaines de divisions, notamment sino-américaines, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit pour la première fois ce jeudi pour discuter du Covid-19, une session qui s’apparente « à une thérapie de groupe » selon certains diplomates.

Cette réunion par visioconférence et à huis clos, prévue à 19 heures GMT avec comme médecin-chef Antonio Guterres, secrétaire général de l’Organisation, avait été demandée la semaine dernière par neuf des dix membres non permanents emmenés par l’Allemagne, excédés de la paralysie du Conseil face à une crise mondiale sans précédent.

Unifier une instance divisée

Selon des diplomates, « les positions évoluent dans le bon sens » et Washington aurait accepté de ne plus insister à l’ONU sur « un virus d’origine chinoise », terme qui suscitait la fureur de Pékin.

Lors de la session, le secrétaire général de l’ONU devait se focaliser sur les effets de la pandémie de coronavirus dans les pays et missions de paix à l’agenda du Conseil. Et tenter d’unifier cette instance qui s’est aussi divisée entre, d’un côté, les cinq membres permanents, et de l’autre les dix non-permanents.

« L’objectif, c’est de travailler, de rassembler le Conseil, d’aplanir les divergences et de réaffirmer la nécessité d’aller vers une décision aussi vite que possible » sur une résolution, résume un diplomate sous couvert d’anonymat.

Deux projets à négocier

Deux projets de texte concurrents sont en débat : le premier, initié par la Tunisie et obtenu par l’AFP, est porté par les dix non-permanents. Il demande « une action internationale urgente, coordonnée et unie pour limiter l’impact du Covid-19 » et « appelle à un cessez-le-feu mondial immédiat pour permettre une réponse humanitaire adéquate ».

Comme en défi au groupe des membres permanents, le projet est négocié depuis le 30 mars entre les seuls membres non permanents : Allemagne, Belgique, République dominicaine, Indonésie, Estonie, Vietnam, Tunisie, Niger, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et Afrique du Sud. Aucun vote n’a encore été programmé.

Le deuxième, centré sur un soutien à une « cessation des hostilités » réclamée en mars par le patron de l’ONU pour faciliter la lutte contre la pandémie et sur une « pause humanitaire », est proposé par la France. Il n’est discuté jusqu’à présent qu’entre les cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume Uni), ce qui est « très frustrant », confient sous anonymat à l’AFP plusieurs diplomates de pays membres non permanents.

Avant une négociation à 15, il faut régler les différends entre les « Cinq Grands », rétorque-t-on à Paris, sinon cela ne fonctionnera pas. Pour cela, la France essaie depuis deux semaines d’organiser une visioconférence des dirigeants des cinq pays, compliquée par la récente hospitalisation du Britannique Boris Johnson et une réticence de la Chine à s’engager sur une date sans avoir clarifié le contenu de la session.

« Missing in action »

Alors que la voix du chef de l’ONU se fait régulièrement entendre, que l’Assemblée générale a adopté à l’unanimité de ses 193 membres il y a une semaine une résolution appelant à la « coopération », l’attitude du Conseil de sécurité depuis le début de la crise déroute.

« Missing in action » (perdu en pleine action), regrette un ambassadeur sous couvert d’anonymat, en évoquant l’absence jusqu’à présent de toute déclaration ou d’adoption de texte. « C’est la première fois que je vois deux systèmes solaires au sein du Conseil de sécurité », renchérit un diplomate d’un pays qui n’en fait pas partie. « C’est très curieux cette double dynamique » entre permanents et non-permanents, ajoute-t-il.

Dans le passé, des mouvements communs aux dix membres non permanents sont déjà intervenus mais surtout pour des causes humanitaires, relève Richard Gowan, spécialiste de l’institution au centre de réflexion International Crisis Group. « Il est important de reconnaître que le moteur principal de la coopération des dix membres non-permanents est le mauvais comportement des cinq permanents », souligne-t-il à l’AFP.

« S’entendre sur la grande crise de notre temps »

Plusieurs de ces non-permanents « ont mené une campagne acharnée pour gagner leur siège » au Conseil et « sont sidérés par les chamailleries entre la Chine et les Etats-Unis » qui empêchent cette instance de « s’entendre sur la grande crise de notre temps », précise l’expert.

« Dans un sens comme dans l’autre, on a besoin des uns des autres », tempère un ambassadeur occidental sous anonymat. « Les permanents ne peuvent pas faire passer un texte sans les voix des non-permanents, les non-permanents ne peuvent pas imposer un texte aux permanents parce qu’ils ont un veto. Il faut nécessairement s’entendre et on va essayer de s’entendre ».

Au Conseil de sécurité, 9 voix au moins sur 15 sont nécessaires pour faire adopter un texte, sans veto de l’un des cinq membres permanents.