Coronavirus : Le Premier ministre hongrois Viktor Orban en route vers des pouvoirs quasi illimités

ETAT D'URGENCE Un projet de loi va permettre au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars, lié au coronavirus, sans demander l’aval du parlement

20 Minutes avec AFP

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Viktor Orban quittant l'isoloir le 2 octobre 2016 à Budapest.
Viktor Orban quittant l'isoloir le 2 octobre 2016 à Budapest. — Vadim Ghirda/AP/SIPA

Dans le cadre d’un état d’urgence lié au coronavirus, le Premier ministre hongrois Viktor Orban devrait obtenir, ce lundi, le feu vert du parlement lui octroyant des pouvoirs radicalement renforcés.

Pour l’opposition, ces mesures pour lutter contre l’épidémie sont « disproportionnées ». Ses détracteurs estiment que la mesure est destinée à cimenter le contrôle du gouvernement national-conservateur, en prenant la crise sanitaire comme prétexte.

Les atteintes à l’Etat de droit multipliées

Le projet de loi permettra au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l’aval du parlement. Sous ce régime, le gouvernement pourra « suspendre l’utilisation de certaines lois par décret, s’écarter des dispositions statutaires et introduire d’autres mesures extraordinaires » dans le but de garantir « santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que l’économie ». « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper la propagation du virus.

Le projet de loi s’inscrit parfaitement dans le cadre constitutionnel hongrois », a défendu la ministre de la Justice Judit Varga. Mais la politique déployée par Viktor Orban en une décennie de pouvoir laisse craindre à l’opposition que le dirigeant de 56 ans abuse de ces moyens exceptionnels : depuis 2010 il a déjà, selon de nombreuses organisations indépendantes, multiplié les atteintes à l’Etat de droit dans le domaine de la justice, de la société civile, de la liberté de la presse. Depuis que les parlementaires d’opposition ont refusé, la semaine dernière, d’adopter le projet de loi en procédure d’urgence, ils se voient reprocher leur « trahison ».

« Pas le temps de discuter de questions juridiques »

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dit « suivre avec inquiétude les évolutions » politiques en Hongrie. Le Conseil de l’Europe a averti qu’un « état d’urgence indéfini et incontrôlé ne peut garantir le respect des principes fondamentaux de la démocratie ». Neuf organisations de défense de la presse ont appelé les dirigeants de l’Union européenne à s’opposer au projet de loi qui prévoit aussi d’instaurer jusqu’à cinq ans de prison pour la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement.

Budapest fait valoir que malgré la durée indéterminée de l’état d’urgence, « le Parlement peut retirer son consentement à tout moment » et revenir au cadre ordinaire. « J’ai clairement dit aux geignards européens​ que je n’avais pas le temps de discuter de questions juridiques sans doute passionnantes mais théoriques » quand il y a « des vies à sauver », a pour sa part balayé Viktor Orban. Au début de l’épidémie, le Premier ministre avait blâmé le rôle de l’immigration dans la propagation du virus, affirmant que ce sont « principalement des étrangers qui ont introduit la maladie ». La Hongrie, qui a fermé ses frontières aux étrangers et instauré des mesures de confinement de la population, avait déclaré dimanche 408 cas de nouveau coronavirus, qui a fait 13 morts.