Affaire Jamal Khashoggi : Des proches du prince héritier saoudien inculpés en Turquie

ENQUETE Le procureur général d’Istanbul a annoncé dans un communiqué que l’enquête turque sur cette affaire était arrivée à son terme et qu’un acte d’accusation avait été préparé

20 Minutes avec AFP

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Le journaliste et opposant Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie le 2 octobre 2018.
Le journaliste et opposant Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie le 2 octobre 2018. — AFP

Après plus d’un an d’enquête sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, la Turquie a annoncé, ce mercredi, avoir lancé des poursuites contre vingt Saoudiens, dont deux proches du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le corps de Jamal Khashoggi, journaliste du Washington Post et critique du régime saoudien, a été retrouvé en octobre 2018, dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul où il s’était rendu pour récupérer un document, découpé en morceaux.

Les vingt suspects risquent la prison à vie

Ce meurtre a plongé l’Arabie saoudite dans l’une de ses pires crises diplomatiques et terni l’image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS », désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre. Mercredi, le bureau du procureur général d’Istanbul a annoncé dans un communiqué que l’enquête turque sur cette affaire était arrivée à son terme et qu’un acte d’accusation avait été préparé.

Dans cet acte d’accusation, deux proches de MBS, l’ex-conseiller Saoud al-Qahtani et l’ancien numéro deux du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, sont identifiés comme les commanditaires du meurtre, selon la même source. Ils sont accusés d’avoir ordonné un « homicide volontaire prémédité avec l’intention d’infliger des souffrances ». Dans le même document, 18 autres suspects sont accusés d’avoir pris part à ce meurtre. Les vingt suspects risquent la prison à vie.

Un procès opaque en Arabie saoudite

Selon la Turquie, Khashoggi a été étranglé, puis son corps a été démembré. Les restes de l’éditorialiste de 59 ans n’ont jamais été retrouvés. Après avoir nié le meurtre, puis avancé plusieurs versions contradictoires, les autorités de Ryad ont affirmé qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants. A l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort l’an dernier. Aucune accusation n’a été retenue contre Saoud Qahtani et Ahmed al-Assiri a été acquitté.

La Turquie a qualifié de « scandaleux » le verdict rendu en Arabie saoudite, estimant que les vrais commanditaires avaient bénéficié d’une « immunité ». Le président Recep Tayyip Erdogan n’a jamais ouvertement accusé le prince héritier ben Salmane, mais des responsables turcs et la presse proche du pouvoir s’en sont chargés.

Un feu vert du prince héritier ?

La rapporteure spéciale des Nations unies Agnès Callamard a rédigé un rapport accablant pour MBS et la CIA a estimé que le meurtre n’a pas pu avoir lieu sans le feu vert du prince héritier. Mais le président américain Donald Trump a pris la défense de MBS, qui dirige de facto la monarchie pétrolière.

Après le meurtre de Khashoggi, les enquêteurs turcs ont perquisitionné le consulat, la résidence du consul général saoudien et plusieurs véhicules appartenant à la mission diplomatique. Ils ont aussi examiné les factures téléphoniques de certains suspects, retracé leurs mouvements à l’aide d’images de caméras de vidéosurveillance et recueilli les témoignages de plus de cinquante personnes, selon le bureau du procureur. Les autorités turques ont par ailleurs émis des mandats d’arrêt internationaux contre les suspects, qui se trouvent tous à l’étranger.