Coronavirus : Avec un nombre de cas « astronomique » et des urgentistes débordés, New York se prépare au pire

CRISE SANITAIRE L'Etat de New York a désormais plus de 25.000 cas, et ce chiffre double actuellement tous les trois jours

Philippe Berry

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Le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, fait le point sur la crise du coronavirus, le 24 mars 2020.
Le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, fait le point sur la crise du coronavirus, le 24 mars 2020. — John Minchillo/AP/SIPA

Avec sa chemise frappée du blason du gouverneur de l’Etat de New York, il fait chaque jour un point sur la crise du coronavirus. Mardi, Andrew Cuomo avait la mine sombre, lançant un message d’avertissement à ses concitoyens : avec 25.000 cas de coronavirus confirmés – la moitié du total aux Etats-Unis – et 210 morts, New York fait face « à une augmentation drastique du taux d’infection ». Et avec un « doublement tous les trois jours » malgré le confinement, la métropole américaine, qui représente près des deux tiers des cas dans l’Etat, est engagée dans une course contre la montre pour éviter un drame sanitaire.

Comme partout dans le monde, l’objectif principal est de « flatten the curve ». Et selon Cuomo, l’Etat de New York est très loin d’avoir « aplati la courbe » des contaminations. L’apogée devrait être atteint d’ici « deux à trois semaines », et il sera « plus haut » qu’anticipé : 140.000 lits pourraient être nécessaires et il n’y en a que 53.000 de disponibles à l’heure actuelle. Selon le gouverneur, un premier hôpital de secours avec 1.000 lits en cours d’installation dans un convention center de Manhattan devrait être opérationnel dans une semaine.

Il y a toujours un manque critique de respirateurs. New York a un stock de 10.000, mais il en faudra encore au moins 30.000 de plus, selon Cuomo. Et les services d’urgence mobilisés par Donald Trump (l’agence Fema) en ont envoyé… 400. « Et vous voulez de la gratitude pour ça ? Vous passez à côté de l’ampleur du problème. Nous avons des chiffres astronomiques », s’est agacé le gouverneur. Dans la foulée, le vice-président américain Mike Pence a annoncé l’envoi de 2.000 respirateurs supplémentaires.

90 % des patients aux urgences pour le Covid-19

Aux premières lignes du front, les médecins urgentistes sont déjà à flux tendu. Sur Twitter, Craig Spencer, qui a survécu à l’épidémie d’Ebola après avoir été infecté en Afrique de l’ouest en 2014, raconte son quotidien au Presbyterian hospital. « Enfin rentré à la maison après une garde de 13 heures. Plus de 90 % de mes patients sont des cas confirmés ou probables de Covid-19. La plupart sont très malades, certains ont la trentaine comme moi. Les sirènes dans un New York vide n’arrêtent pas. Je suis fatigué. Mais très honoré de retourner aux urgences demain matin », écrivait-il dimanche.

Il a continué son récit lundi soir. « Toux, difficultés respiratoires, fièvre. Ils sont très inquiets pour ce patient. On a une discussion sincère avec sa famille au téléphone. Il doit être placé sous respirateur. On le prépare. Un autre patient dans un état grave arrive. Il vomit et doit être admis en réanimation. On les intube. Il n’est pas encore 10 h du matin. » Craig retire son masque et ses lunettes brièvement pour manger. « Où sont passées les crises cardiaques et les appendicites ? C’est tout du Covid. » Avant de partir, il « nettoie tout. Téléphone, badge, portefeuille, tasse. Il faut tout passer à la javel. Ne pas prendre de risque. »

Dans le Washington Post, l’urgentiste Michelle Romero décrit sa « nervosité » lors de l’intubation d’un patient, « à cause de l’exposition et du risque (de contamination) pour chaque personne dans la pièce ». Elle rentre chez elle épuisée et « inquiète ». Avec la certitude que la situation va empirer dans les 10 prochains jours.