L'équipe de transition de Barack Obama: des gens sérieux

SLATE A la rencontre de ceux qui sont chargés de la sécurité nationale...

Fred Kaplan. traduction 20minutes.fr

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En observant la liste des acteurs-clés de l'équipe de transition de Barack Obama, on a l'impression d'assister au retour des gens sérieux au pouvoir. L'équipe chargée de la sécurité nationale notamment est formée de professionnels réfléchis, qui connaissent les complexités du monde, et qui ont des idées avant-gardistes sans être dogmatiques. Rien de très excitant? Ceux qui pensent que ça ne représente pas un changement n'ont pas été suffisamment attentifs à ces huit dernières années de gaffes et de zèle digne des jacobins.

Observons de plus près quelques membres de cette équipe :


Sarah Sewall, directrice du Centre Carr pour les politiques de Droits de l'homme de l'Université d'Harvard et ancienne assistante du vice-secrétaire à la Défense dans l'administration Clinton. Elle était membre du panel que le général David Petraeus avait rassemblé il y a quelques années pour rédiger le manuel de l’Armée américaine sur la contre-insurrection. Elle a aussi écrit un avant-propos très perspicace pour le livre tiré de ce manuel.

Michèle Flournoy,
une autre ancienne assistante du vice-secrétaire à la Défense de l'administration Clinton, est la présidente du Centre pour une nouvelle sécurité américaine (Cnas), un think tank qui, en seulement deux ans d'existence, est devenu un véritable aimant à grands stratèges. Quand John Nagl et Nathaniel Fick, deux des officiers les plus créatifs de l'armée, ont respectivement quitté l'Armée de Terre et les Marines, ils sont arrivés au Cnas, alors qu'il y a 10 ans, ils auraient rejoint la Brookings Institution (ndlt : autre think tank américain). Richard Danzig, un membre du conseil d'administration du Centre, est pressenti pour devenir secrétaire de la Défense d'Obama (ou vice-secrétaire, si on demande à Robert Gates de rester encore un peu). Concernant l'Irak, Flournoy a appelé à un retrait progressif des troupes et à une politique d'«engagement conditionnel», dans laquelle les Etats-Unis accepteraient de maintenir des soldats seulement si les Iraquiens parvenaient à venir à bout de leurs différends politiques. Cela peut paraître un peu réservé dans le contexte du débat sur l'«Accord sur le statut des forces», qui va certainement imposer un retrait quasi-total des Américains d'ici à 2011. Mais au moins, ses positions se basent sur une compréhension de la guerre comme instrument politique avec, dans le cas de l'Irak, un objectif de stabilité, et pas un de ces objectifs utopiques…

Wendy Sherman,
une ancienne assistante de secrétaire d'Etat (chef de la diplomatie américain), a joué un grand rôle dans la négociation de l'accord nucléaire avec la Corée du Nord à la fin des années Clinton. L'accord a des imperfections, mais il est parvenu à garder fermés les réacteurs nucléaires de Yongbyon et ainsi à empêcher Kim Jong-Il de fabriquer une bombe atomique. (Le refus moraliste de Bush de discuter a au contraire donné à Kim Jong-Il l'opportunité de le faire.)

Rand Beers
, un spécialiste du contre-terrorisme du Conseil de sécurité national sous la présidence de Bill Clinton et George Bush senior, a démissionné, en signe de protestation, pendant l'administration de George W. Bush. Il a expliqué que la politique de Bush junior, surtout en Irak, ne faisait que renforcer al-Qaïda et les menaces envers l'Amérique.

Clark Kent Ervin
était jadis inspecteur général du Département de la Sécurité intérieure, jusqu'à ce qu'il soit viré par George W. Bush pour s'être plaint de l'incompétence des services de renseignements du département.

Judith «Jami» Miscik a été pendant longtemps analyste de la CIA, elle est d'ailleurs devenue en 2002 la directrice adjointe du renseignement de l'Agence. Elle a démissionné en 2005 en même temps que beaucoup d'autres, alors que Porter Gross, le chasseur de boucs-émissaires, était brièvement à la tête de la CIA. Avant l'invasion de l'Irak, Miscik a subi une forte pression de la Maison Blanche, surtout des conseillers du vice-président Dick Cheney, pour trouver des liens entre Saddam Hussein et al-Qaïda. Selon le livre de Ron Suskind The One Percent Doctrine, Miscik est sortie une fois d'une telle réunion «tremblante de rage» et a dit au directeur de l'époque George Tenet qu'elle ne supporterait pas davantage de pression. Tenet l'a soutenue, au moins pour un temps.

En d'autres termes,
le fait d'avoir nommé Beers, Ervin et surtout Miscik montre qu'Obama est sûrement prêt à écouter des opinions différentes de femmes et hommes qui ont des principes – et peut-être même à en tenir compte. Rien que ça, c'est une nouvelle réconfortante.

Publié vendredi 21 novembre sur Slate.