Iran : Libéré par Téhéran, le chercheur Roland Marchal est rentré en France

DIPLOMATIE Sa compagne est toujours emprisonnée en Iran

B.D. avec AFP

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Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran depuis juin 2019
Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran depuis juin 2019 — THOMAS ARRIVE / SCIENCES PO / AFP

Après neuf mois et demi de détention, le chercheur français Roland Marchal est rentré samedi à Paris, en échange, selon Téhéran, de la libération par la France d’un ingénieur iranien menacé d’extradition aux Etats-Unis.

« Roland est rentré », a annoncé son comité de soutien dans un bref communiqué. Aucune image de son retour en France n’a filtré. A son arrivée, il a été hospitalisé à l’hôpital militaire de Saint-Mandé, près de Paris, pour des examens, a indiqué un proche à l’AFP. « Les analyses sont bonnes », a-t-il précisé. L’état de santé du chercheur suscitait beaucoup d’inquiétudes, l’Iran étant en outre très touchée par l’épidémie de coronavirus.

« Il est très amaigri et affecté par la torture pyschologique des interrogatoires » et a besoin d’un « repos absolu », a en revanche souligné ce proche. « La sortie de prison a été très rude », a-t-il ajouté, sans plus de détails, notant seulement que le chercheur avait dû laisser ses effets personnels derrière lui.

L’Elysée avait annoncé samedi matin dans un bref communiqué sa libération. Spécialiste de l’Afrique, Roland Marchal, 64 ans, a été arrêté en même temps que sa compagne, chercheuse comme lui au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris, en juin 2019 à Téhéran. Fariba Adelkhah, 60 ans, anthropologue réputée spécialiste du chiisme, reste incarcérée à la prison d’Evine à Téhéran.

Echange de détenus

Tous deux étaient accusés de « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale », un crime passible de deux à cinq ans de prison. La chercheuse est aussi poursuivie pour « propagande contre le système ». L’accusation d’espionnage la visant, passible de la peine de mort, a en revanche été levée en janvier. Seule Fariba Adelkhah est apparue le 3 mars à l’ouverture de leur procès, aussitôt reporté à une date non précisée.

Vendredi, jour du Nouvel An persan, l’Iran a annoncé un échange de détenus entre Paris et Téhéran. L’universitaire a été libéré dans le cadre d’un échange avec un Iranien détenu en France et dont les Etats-Unis réclamaient l’extradition, l’accusant d’avoir tenté de faire entrer en Iran du matériel technologique pouvant être utilisé à des fins militaires. La présidence française ne mentionne pas pour sa part d’échange de prisonniers.

La République islamique a indiqué que la France avait libéré l’ingénieur iranien Jalal Rohollahnejad, dont la justice française vient d’accepter l’extradition vers les Etats-Unis. Selon des images diffusées par la télévision d’Etat iranienne, l’homme est arrivé à Téhéran dans la nuit de vendredi à ce samedi, où il a été accueilli par quelques personnes de sa famille.

« Notre joie ne sera complète que lorsque Fariba sera également parmi nous »

« Nous accueillons avec soulagement l’arrivée de Roland Marchal à Paris après près de neuf mois de détention arbitraire dans des conditions très dures », a déclaré Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement) de Genève et membre du comité de soutien des deux chercheurs.

« Mais seule la moitié du chemin est parcourue. Reste en détention tout aussi arbitraire Fariba Adelkhah, de nationalité à la fois iranienne et française et donc du point de vue du droit français citoyenne à part entière de la République Française », a-t-il ajouté. L’Iran ne reconnaît pas la double nationalité.

« Nous sommes de tout cœur avec elle et il faut qu’elle sache que pour nous le combat continue et que la République française reste engagée pour obtenir cette libération non moins justifiée que celle de Roland Marchal », a poursuivi Jean-François Bayart. « Notre joie ne sera complète que lorsque Fariba sera également parmi nous ».

Grève de la faim

Le comité de soutien a remercié au passage la diplomatie française pour « la détermination avec laquelle elle œuvre pour la libération de nos deux compatriotes ». « Je crois pouvoir dire que Fariba est certainement immensément soulagée de savoir que Roland est revenu parmi les siens, parmi ses collègues et dans son pays », a déclaré Jean-François Bayart.

« C’était son souhait le plus ardent », a-t-il insisté, en rappelant qu’elle a mené une grève de la faim de 49 jours pour réclamer leur libération et « refusé pendant plus d’un mois de regagner sa cellule, campant dans les couloirs de la prison d’Evine » pour pouvoir le voir et le « conforter », ce qui leur a toujours été refusé.