Coronavirus : La gestion de crise du président brésilien Jair Bolsonaro vivement critiquée

CRISE Il y a quelques jours, le président brésilien dénonçait l'« hystérie » autour du coronavirus

20 Minutes avec AFP
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Jair Bolsonaro, le 18 mars 2020 à Brasilia.
Jair Bolsonaro, le 18 mars 2020 à Brasilia. — Sergio LIMA / AFP

Mobilisation générale contre le coronavirus dans le monde…. mais pas au Brésil. Alors que de nombreux pays ont déclaré la « guerre » sanitaire face au  Covid-19, le président brésilien Jair Bolsonaro va à contre-courant et minimise la crise, provoquant malaise et inquiétude.

Alors que le Brésil vient d’annoncer la fermeture de ses frontières terrestres, son président a offert un drôle de spectacle mercredi en conférence de presse. Il est apparu portant un masque, évoquant pour la première fois « une question grave », qui ne doit pas entraîner « la panique ». Mais de cette intervention sans annonce nouvelle, les commentateurs ont conclu ce jeudi à un exercice totalement raté de communication politique et retenu le « spectacle pathétique » d’un Jair Bolsonaro retirant et remettant une douzaine de fois son masque, pour le laisser finalement pendre à une oreille.

En désaccord avec son ministre de la Santé

Mardi, il avait critiqué la mobilisation de gouverneurs et de maires contre l’arrivée d’une crise sanitaire potentiellement dramatique pour des dizaines de millions de Brésiliens vivant entassés dans de vastes métropoles et favelas. Il avait évoqué, encore, « une certaine hystérie » lorsque le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, un de ses probables rivaux à la présidentielle de 2022, et le maire de Sao Paulo (sud-est), Bruno Covas, ont annoncé l’état d’urgence, alors que le coronavirus faisait son premier mort au Brésil. Depuis, le Brésil a annoncé la fermeture de ses frontières terrestres pour 15 jours.

« Ces mesures vont porter préjudice à notre économie (…) qui allait bien », a lancé le président. La compétence du ministre de la Santé Henrique Mandetta, qui a dès le début pris la mesure de la crise, lui vaut l’inimitié présidentielle, selon les commentateurs. « C’est gravissime qu’au moment de la pire crise sanitaire du Brésil (moderne), le président Bolsonaro essaie de savonner la planche de son ministre de la Santé », estime Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine à l’Institut d’études politiques de Paris.

Des mesures jugées insuffisantes

« On demande qu’il y ait un capitaine à la barre en de tels temps de crise », ajoute-t-il, « or Bolsonaro n’est pas fait pour être un capitaine à la barre ». Sous la pression des présidents de la Chambre des députés, du Sénat, de la Cour suprême et de milieux d’affaires très inquiets, Jair Bolsonaro a fini par réunir mercredi un comité de crise interministériel, après avoir demandé au Parlement l’état de calamité publique qui libérera des fonds.

Les mesures de soutien économique (147 milliards de réais, 26 milliards d’euros) ont été jugées largement insuffisantes pour un pays menacé d’une nouvelle récession. La crise du coronavirus a fait chuter la Bourse de Sao Paulo de 44 % depuis fin janvier et sombrer le réal.

Au contact avec ses partisans

Les provocations du président sont très mal passées. Dimanche, il avait serré les mains de sympathisants alors qu’il aurait dû être confiné après un voyage aux Etats-Unis avec sa délégation dont 17 membres sont contaminés. Selon la presse, il aurait été en contact avec 272 partisans. « Une démonstration d’irresponsabilité politique et personnelle », pour le journal O Globo.

La posture de Jair Bolsonaro risque d’être coûteuse politiquement. L’inquiétude a gagné jusqu’à son propre camp, où Janaina Paschoal, députée de l’Etat de Sao Paulo, a souhaité qu’il quitte sa charge pour « crime contre la santé publique ». Une demande de destitution a été déposée par le parti d’opposition Rede.