La chronologie du conflit en République démocratique du Congo

HISTORIQUE Pour comprendre comment tout a commencé...

Julien Ménielle

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Rebelles et armée se faisaient face sans combattre mercredi matin sur le front au nord de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), au lendemain d'affrontements qui ont fait au moins deux morts, a constaté un photographe de l'AFP.
Rebelles et armée se faisaient face sans combattre mercredi matin sur le front au nord de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), au lendemain d'affrontements qui ont fait au moins deux morts, a constaté un photographe de l'AFP. — Roberto Schmidt AFP/Archives

La situation humanitaire est dramatique au Nord Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo. Les combats opposent groupes rebelles, milices et armée régulière. Difficile de comprendre comment tout a commencé. L'historique du conflit avec 20minutes.fr.

Avant 1960: l'Empire colonial belge
Le Congo, le Rwanda et le Burundi sont des colonies belges jusqu'en 1960. Ces deux derniers sont peuplés de deux ethnies principales. Les Tutsis, minoritaires, qui ne représentaient qu'environ 20% de la population, et les Hutus, quatre fois plus nombreux. Au Rwanda, la Belgique favorisent les Tutsis, au détriment des Hutus, en leur confiant des responsabilités et en leur offrant des privilèges dans le domaine de l'éducation et de l'église.

1960- 1994: des massacres inter-ethniques au génocide rwandais
Les inégalités et les injustices créent des tensions entre Tutsis et Hutus, au Rwanda. Des massacres ont lieu épisodiquement et les responsables tutsis se réfugient dans les pay voisins, notamment en Ouganda, où ils créent le Front patriotique rwandais (FPR) avant de revenir pour reprendre le pouvoir au Rwanda, à la fin du génocide.

1994-1996: la période post-génocidaire
Pendant le génocide, les Hutus au pouvoir massacrent les civils tutsis et des Hutus modérés tentent d'empêcher le FPR de reprendre le pays. A la fin des massacres, plus d'un million de Hutus fuient le Rwanda par peur des représailles du nouveau pouvoir dominé par les Tutsis revenus à Kigali. Ils traversent la frontière vers le Congo (rebaptisé Zaïre) et s'installent dans des camps au Nord-Kivu, avec la bénédiction du pouvoir de Mobutu. Parmi eux des civils, mais aussi des génocidaires, qui participeront à la création en 2001 les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

1996-1997: la première guerre du Congo
Entre 1996 et 1997, le Rwanda, notamment, aide Laurent-Désiré Kabila à renverser Mobutu. Le pays est intéressé par la richesse minérale du Zaïre, mais veut aussi vider les camps de réfugiés du Nord-Kivu, où vivent de dizaines de milliers de Hutus rwandais. Kigali accuse les génocidaires hutus de se servir de ces camps comme de bases arrières pour reconquérir le pouvoir au Rwanda. De sanglants massacres y ont lieu en 1996, au début de la rébellion congolaise appuyée par Kigali, qui allait porter Laure,t-Désiré Kabila au pouvoir  mettre fin à 32 ans de règne de Mobutu, en mai 1997.

août 1998-décembre 2002: la deuxième guerre du Congo
De 1998 à 2002, le pays, devenu République démocratique du Congo (RDC) en 1997, est le théâtre d'une guerre régionale ayant impliqué jusqu'à 7 pays.  Les deux principales rébellions congolaises sont
le Mouvement de libération du Congo (MLC), soutenus par l'Ouganda, et les Tutsis du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenu par le Rwanda. , qui administrera, à la suite d'un redécoupage territorial, la zone du Nord-Kivu, convoitée pour ses richesses minérales et foncières. Le gouvernement de la RDC, basé à Kinshasa, arme de son côté des milices d'autodéfense, les Mai-Mai, et les FDLR (rebelles hutus rwandais)  pour lutter contre les rebelles.

2003-200-6: la période de transition
A la mort de son père en 2001, Joseph Kabila le remplace à la tête de la RDC. Il prend la tête d'un gouvernement de transition en 2003, avec quatre vice-présidents, dont un représentant du RCD et un du MLC. Pour pacifier le pays, ils tentent de «brasser» les différents mouvements rebelles au sein de l'armée. Certains chefs rebelles, dont Laurent Nkunda, issu du RCD, refuse de prendre le poste de général ne croyant pas à la volonté de Kinshsa de réformer le pays mettre fin aux discriminations ethniques. En 2006, se posant en défenseur de la minorité tutsie congolaise, il crée le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). En janvier 2007, il accepte de faire entrer ses troupes dans un nouveau processus d'intégration à l'armé nationale ce qui lui permet de prendre légalement, en échange, le contrôle de territoires qu'il convoitait.

Depuis août 2007: le clash au sein de l'armée congolaise réformée
Le nouveau processus échoue. Les combats reprennent entre le CNDP et l'armée congolaise. Le premier reproche à l'armée de s'allier aux génocidaires hutus rwandais FDLR. De son côté, Kinshasa accuse Kigali de soutenir Laurent Nkunda.
Des combats ont lieu contre l'armée congolaise, mise en déroute en décembre 2007. La conférence de Goma débouche sur un accord de cessez-le-feu, signé en janvier 2008 par l'ensemble des belligérants. Accords régulièrement violés depuis, tout comme le programme de paix qui n'a toujours pas été mis en place. Cette longue période d'instabilité débouche sur la reprise de combats violents en août 2008. On estime qu'il y a plus d'un million de déplacés au nord Kivu, qui compte 5 millions de personnes.