Allemagne : La frange la plus radicale de l’extrême droite sous surveillance

MENACE « Les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l’intérieur », prévient la police allemande

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants rassemblés contre l'extrême droite à Dresde en Allemagne. Sur la pancarte montrant le leader Bjoern Hoecke faisant un salut nazi, il est écrit +plus jamais+.
Des manifestants rassemblés contre l'extrême droite à Dresde en Allemagne. Sur la pancarte montrant le leader Bjoern Hoecke faisant un salut nazi, il est écrit +plus jamais+. — John MACDOUGALL / AFP

En Allemagne, la frange la plus radicale du parti d’extrême droite a été placée sous surveillance ce jeudi. La police estime que cette mouvance représente aujourd’hui le « principal » danger pour la démocratie du pays, 75 ans après la fin du nazisme.

La mouvance d’extrême droite la plus radicale dans le pays comptait actuellement environ 32.000 sympathisants, dont « 13.000 personnes prêtes à la violence ». Des chiffres qui ne cessent d’augmenter. « Nous savons aujourd’hui que les démocraties peuvent échouer quand elles sont détruites par leurs ennemis de l’intérieur, c’est l’avertissement que nous lance notre histoire », a affirmé le patron des services de Renseignements allemands Thomas Haldenwang lors d’une conférence de presse.

Grand remplacement et Holocauste

Parmi eux, l’Office fédéral pour la protection de la Constitution a clairement identifié le mouvement « l’Aile », frange ultra du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), principale force d’opposition à la chambre nationale des députés. Estimée à 7.000 membres, sur les 35.000 que compte l’AfD, cette mouvance est dirigée par Björn Höcke, chef de file du parti AfD en Thuringe et récemment à l’origine d’une crise politique majeure dans le pays après avoir tenté de faire alliance avec la droite modérée de la chancelière Angela Merkel.

Cet homme de 47 ans et ses partisans remettent en particulier en cause la culture de repentance de l’Allemagne pour les crimes nazis. Björn Höcke a qualifié dans le passé le mémorial de l’Holocauste à Berlin de monument « de la honte ». Ils agitent aussi régulièrement la menace d’un grand « remplacement » de la population allemande autochtone par les immigrés.

Les pouvoirs accrus des services de renseignements

L’Office de protection de la constitution a justifié sa décision en estimant avoir constaté que « l’Aile » et ses responsables pouvaient être qualifiés d'« extrémistes » et avaient « mis en cause » dans leurs discours et actions « des symboles forts de notre régime démocratique » ainsi que « la dignité humaine » et « l’Etat de droit ». Ce placement sous surveillance intervient au terme d’un examen de plus d’une année des discours et publications des membres de cette mouvance appartenant au parti fondé en 2013.

Concrètement, cette décision donne des pouvoirs accrus aux services chargés du renseignement intérieur, notamment la possibilité d’espionner les télécommunications des membres de cette organisation, de stocker des données personnelles, de recruter des informateurs et d’utiliser des agents infiltrés. Ce traitement est réservé en Allemagne aux organisations les plus extrêmes, considérées comme un danger potentiel pour l’Etat et du coup frappées du sceau de l’infamie. Sur Twitter, l’AfD a dénoncé une « instrumentalisation politique ». Cette sanction policière intervient dans un contexte de regain du terrorisme d’extrême droite, avec trois attentats commis en moins d’un an.