Russie : Des Moscovites se rebellent contre un projet « fou » de route sur un site radioactif

DECHET Une autoroute à huit voies doit être construite sur une colline remplie de déchets nucléaires

J.-L.D. avec AFP
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Ville de Moscou, illustration
Ville de Moscou, illustration — Pixabay

Depuis des semaines, des riverains, des militants et des physiciens se mobilisent à Moscou contre le projet de construction d’une autoroute à huit voies sur une colline où ont été enterrés des déchets nucléaires soviétiques jusque dans les années 1970..

« Dès qu’on enlève la couche en surface, les niveaux enregistrés sont élevés. Cela veut dire que nous sommes sur une pile de déchets radioactifs », précise un physicien sur place, alors que le dosimètre grimpe à plus d’un 1 microsieverts/heure, soit plus de trois fois le niveau de rayonnement ambiant naturel.

Des doses à risque ?

Si ce niveau n’est pas encor nocif pour la santé, l'expert indique néanmoins que des doses plus élevées se trouvent sous la terre et pourraient se répandre et nuire à la santé des habitants..

Selon les règles de construction russes, des inspections supplémentaires sont obligatoires si un niveau supérieur à 0,6 microsieverts/heure est mesuré, afin de déterminer si un nettoyage est possible avant de décider d’une quelconque construction.

Eviter la mégalopole

Selon des documents publiés en février sur le projet d’autoroute – une parmi quatre routes prévues par l’influent maire Sergueï Sobianine – « aucune contamination radioactive n’a été trouvée ».

La nouvelle autoroute doit traverser dix quartiers en enjambant la Moskova pour relier des zones périphériques en évitant le centre de la mégapole de 12 millions d’habitants. Sur la colline en question, située dans le sud-est de Moscou, la pollution radioactive provient d’une ancienne usine soviétique qui faisait jusque dans les années 1970 de l’extraction de thorium, élément radioactif, destiné aux réacteurs nucléaires de l’époque.

Une zone négligée du nouveau Moscou

Des années avant la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986), lorsque les risques des radiations étaient sous-estimés, l’usine rejetait simplement ses déchets sur la colline adjacente, qui descendait vers la rivière.

Ce terrain, où gisent dispersés les déchets sans aucune indication, est depuis passé dans le giron de la ville de Moscou, dont le maire tient à développer rapidement les zones négligées.

Vers un blocage des travaux ?

« Nous sommes extrêmement préoccupés », affirme Ivan Kondratiev, activiste dont le père habite à proximité. Toucher au terrain de la colline « va répandre (la pollution radioactive) sous forme de particules et gouttelettes et nuire à la santé des gens », affirme-t-il, debout à côté d’une base érigée par des riverains pour surveiller le site en permanence et empêcher le début des travaux.

Sur la chaîne Telegram alimentée par les militants, des centaines de personnes suivent les évènements, prêts se rendre sur place pour bloquer les travaux si besoin. Fin janvier, le maire a admis pour la première fois que la colline contenait bien des « déchets radioactifs », mais a assuré qu’il n’y avait que des « traces de contamination insignifiantes » sur le tracé de l’autoroute, « n’interférant pas avec la construction ».

Les militants demandent que le projet soit gelé le temps qu’une nouvelle expertise soit réalisée.